Affichage des articles triés par pertinence pour la requête gendre. Trier par date Afficher tous les articles
Affichage des articles triés par pertinence pour la requête gendre. Trier par date Afficher tous les articles

lundi 29 mai 2023

2. 10. Comment, & vers quel temps l' ordre des douze Pairs de France fut institué,

Comment, & vers quel temps l' ordre des douze Pairs de France fut institué, pour lesquels on appelle le Parlement, Cour des Pairs, dont vient qu' on requiert leur presence aux sacres, couronnemens de nos Roys.

CHAPITRE X. 

Si la vray-semblance doit quelque fois tenir lieu de verité, és anciennetez où les livres nous defaillent, il y a grande apparence d' estimer, que sous le Roy Hugues Capet, ceste police des douze Pairs eust pris son commencement, lors que tous les Ducs & Comtes avoient commué en fiefs perpetuels, les dignitez qu' ils tenoient auparavant sous le bon plaisir de nos Roys. Toutesfois en ceste opinion je me sens infiniement combatu d' une objection à laquelle il semble de prime-face n' y avoir aucune responce: Parce qu' entre les Pairs Laiz, nous y mettons pour sixiesme, le Comte de Champagne: Et neantmoins c' est une chose tres-certaine, que ny sous Hugues Capet, ny sous le Roy Robert son fils, ny bien avant sous le regne de Henry I. nous ne recognoissions ces Comtes de Champagne, tels que les ans porterent depuis, pour faire part de ce grand College. Thibault le vieil auquel commence le tige de ceste race, gendre de Heribert Comte de Vermandois, estoit seulement Comte de Blois, Tours, & Chartres: Ny luy, ny Eude premier son fils ne dilaterent ailleurs leurs limites. Vray que Eude second, se fit nommer Comte de Meaux & de Troyes, sous le regne du Roy Robert par la mort d' Estienne fils de Heribert qui tenoit le dessus de Germain sur luy, & est luy qui commença de prendre pied en Brye & Champagne, & pour ceste cause est appellé par Sigebert le Croniqueur, Odo Campaniensis.

Cestui eut pour fils Thibault deuxiesme, lequel pour les inimitiez qu' il exerçoit encontre le Roy Henry premier, se mit sous la protection d' un autre Henry Empereur d' Alemagne, qui l' honora du tiltre de Palatin de l' Empire. (Ainsi appelloient les Empereurs ceux qui estoient leurs Conseillers ordinaires.) Qualité qui ne tomba depuis de la famille des Comtes de Champagne, en tous leurs tiltres & enseignemens: laquelle toutesfois repugnoit à celle des Pairs de France, qui sont les premiers Conseillers de nostre Couronne: Voire qu' entre le Roy Louys le Gros, & le mesme Thibault, vous trouverez une guerre continuelle, & encores y en eut plusieurs autres apres leur decés, tellement que vous ne pouvez presque cotter temps auquel les Comtes de Champagne peussent être mis en ce rang de Pairs. Tant s' en faut que nous les y puissions agreger sous le temps de Hugues Capet. Et neantmoins nous tenons tous de main en main par une ancienne caballe qu' il y a eu de tout temps & ancienneté en ceste France douze Pairs, six Ecclesiastics & six Laiz. Tradition non seulement authentique, ains sacrosaincte, contre laquelle de vouloir faire le sçavant, c' est une vraye ignorance. J' adjousteray, que si ceste police est veritable, je vous supplie dites moy d' où vient qu' entre tant de grands Seigneurs qui lors estoient, l' on en tria quatre aux pays de deça, les Ducs de Bourgongne & de Normandie, les Comtes de Flandres & Champagne, & que de là, faisant un grand sault jusques aux extremitez du Royaume, on y adjousta le Duc d' Aquitaine, & le Comte de Thoulouse, laissant en arriere plusieurs Comtes qui estoient entre-deux, non moins grands terriens que les autres: Dont vient encores qu' entre tant de Prelats de France, qui portent tiltres d' Archevesques, & les aucuns de Primats, on en ait seulement choisi six, dont il n' y en ait qu' un Archevesque: mesmes qu' on les ait seulement pris des Provinces de Picardie, Bourgongne & Champagne? Car si tous les Archevesques & Evesques avant que d' entrer en leurs charges doivent la foy & homage à nos Roys à cause de leur Couronne, pourquoy n' en a l' on apparié quelques-uns à ces six autres, ou pourquoy avons nous borné ce grand & souverain fief de France, seulement de trois Provinces de la part des Ecclesiastics? Je le vous diray au moins mal qu' il me sera possible, & peut-être que ces deux dernieres objections, non seulement ne destruiront l' opinion que j' apporte de Hugues Capet, mais au contraire en tout & par tout la confirmeront, non pas pour vous dire que cest ordre des douze Pairs eust esté par luy jecté en moule, mais à mon jugement c' est luy qui fit les premiers fondements de ceste grande architecture. Chose que je ne vous puis descouvrir sans vous representer comme sur un petit tableau, les troubles, partialitez, & divisions qui advindrent en ceste France depuis la mort de Louys le Begue, qui fut en l' an 878. jusques au couronnement de Hugues Capet.

Louys le Begue mourant, delaissa sa femme enceinte d' un posthume qui fut appellé Charles le Simple, auquel par son testament il ordonna pour tuteur Eude fils de Robert Comte d' Angers. Les Normands affligeoient lors par diverses courses nostre France, dont ils s' estoient trop long temps apprivoisez à nos despens. Il falloit un Roy guerrier pour leur faire teste. Une Royne-Mere, Princesse estrangere n' estoit suffisante pour ce faire. 

Veu que noz plus grands Capitaines ne s' y trouvoient que trop empeschez. C' estoit un pretexte fort beau, pour supplanter un petit Prince de ses droicts. Louys & Carloman ses freres bastards se trouvent propres à cét effect, & se font couronner Roys de France. Mourans ils laissent un autre Louys fils de Carloman pour leur successeur, qui mourut quelque temps apres sans hoirs procedez de son corps. Tout cest entreregne (ainsi le veux-je appeller) dura sept ou huict ans pour le plus. Grande pitié, & digne d' être icy ramentue. Ceste grande famille de Charlemaigne, qui avoit faict trembler l' Europe, estoit lors aboutie en deux Charles, l' un surnommé le Gras, l' autre le Simple. Dieu veut que Charles le Gras deuiéne (devienne) mal ordonné de son cerveau. De façon qu' en un mesme temps ces deux Princes eurent deux curateurs: l' un pour la foiblesse de son sens, Arnoul Bastard son nepueu, l' autre pour la foiblesse de ses ans, Eude. Voire qu' en cestuy-cy noz ancestres remarquerent encores une imbecillité de sens, estant faict majeur, par le surnom qu' ils luy baillerent du Simple. Or ces deux curateurs, violans le droict de leurs charges se feirent proclamer Roys, celuy là de la Germanie, & cestuy de nostre France, vray que pour y apporter quelque masque, ce fut par l' election tant de leur Clergé que Noblesse. Je laisse ce qui est de l' Histoire de la Germanie, pour m' arrester à celle de France. 

Charles le Simple cependant arrivé au douziesme an de son aage, Herué (Hervé) Archevesque de Rheims qui ne couvoit pas moins d' ambition dedans sa poictrine, que Eude, sacre & couronne ce jeune Prince, & tout d' une main se faict confanonnier de ses armes. Vous pouvez juger quelles guerres civiles apporta lors ce contraste de deux Roys en un mesme Royaume. Eude va de vie à trespas, & avant que de mourir il adjure son frere Robert Comte & Gouverneur de Paris, & tous les autres grands Seigneurs de la France, de recognoistre Charles le Simple pour leur Roy: Aquoy ils acquiescerent, & sembloit que par ce moyen la France fut reduitte en son ancien repos. Le malheur du temps ne le voulut permettre. Le Roy avoit peu voir en son bas aage quatre Roys esbransler sa Couronne, d' avantage il se voyoit depourveu de tout Prince de son sang qui le secondast, au contraire il estoit assiegé de plusieurs Seigneurs accoustumez pendant le regne d' Eude de ne le recognoistre. Tout cela mis en consideration luy devoit servir de bride, pour se contenir dans les bornes de son devoir, mais son aage de dixhuict à dix neuf ans y resistoit: Joinct le peu de conseil dont il accompaigna toutes les actions. Flodoart qui vivoit de ce temps là, duquel l' use en tout ce discours, comme d' un fanal pour me servir de conduitte dans les obscuritez de ceste Histoire, nous raconte, que soudain que ce jeune Prince pensa être au dessus du vent, il embrassa esperduement l' amitié d' un jeune Gentil-homme nommé Aganon, vilipendant tous les grands Seigneurs, chose qui les indigna de telle façon qu' ils se banderent encontre luy dans Soissons, le reduisant en tel desespoir, qu' il fut contrainct avecques son favory de se re retirer chez l' Archevesque de Rheims aux despens duquel il vesquit l' espace de sept mois entiers. Comme la Majesté d' un Roy ne se peut oublier tout à coup, ains apres un premier choc de fortune, ne laisse de se ramentevoir à ses subjects, aussi advint-il le semblable à Charles. Mais luy opiniastre en son malheur continua ceste mal fondee bien-vueillance, mesmes fut si mal advisé de s' aheurter à la famille de Robert, ostant une Abbaye à Rotilde belle mere de Hugues le Grand pour en gratifier Aganon: Hugues fils de Robert se transporte expressement dans Laon par devers le Roy, pour en tirer quelque raison: mais voyant qu' il luy prestoit sourde aureille, il delibera d' obtenir par la voye des armes, ce qu' il n' avoit peu par justice. Maladie qui prit son cours dans la France l' espace de soixante dix ans, je veux dire depuis l' an 919. jusques en l' an 987. que Hugues Capet fut couronné Roy.

Charles le Simple estoit assisté de la Justice de sa cause (par ce que le subject qui prend les armes contre son Prince n' est jamais excusé envers Dieu) mais il estoit sans experience, sans conseil, sans aucun Prince de son sang. Le plus grand support qu' il avoit, estoit de l' Archevesque de Rheims. La partie est aussi mal faicte, quand un Prestre endosse le harnois, pour combattre un Capitaine, comme si un capitaine se revestoit d' une chasuble pour contrefaire le Prestre. Au contraire la faction de Robert estoit tres-forte & tres-puissante: car elle n' estoit point fondee sur une volonté esvolee du commun peuple, lequel on peut dire être un monstre, qui pour avoir trop de testes, est sans teste. Moins encores faisoit-elle estat d' un secours estranger qu' il faut fuyr comme un escueil, lors d' une guerre civile: par ce que ce Prince estranger faisant semblant de favoriser le party pour lequel il vient, n' a autre but que de demourer maistre du tapis par la ruyne des deux. Robert avoit esté faict Comte & Lieutenant general de Paris par le Roy Eude son frere, il estoit pere de Hugues que depuis la posterité surnomma le Grand, beaupere de Raoul Duc de Bourgongne, & de Heribert qui iouïssoit des villes de S. Quentin, Peronne, & autres forteresses des environs, & en outre de Meaux & Troyes. D' avantage ils attirerent à leur cordelle Thibault le Vieil Comte de Chartres, & de Blois, brave guerrier, dont j' ay parlé cy dessus, qui se fist gendre de Heribert. Il leur falloit encores un Roy au moyen dequoy Robert en prent le tiltre comme par un droict successif d' Eude son frere. Vray que pour y apporter plus de fueille, on y proceda par election: & apres son decez fut aussi éleu Roy de France Raoul de Bourgongne son gendre. Coustume qui s' insinua, non seulement pour ses Roys extraordinaires, mais qui plus est pour ceux qui estoient les vrays & legitimes, pour Louys d' Outremer, Lothaire son arrierefils. Qui a causé une heresie à quelques uns de penser que tous noz Roys fussent anciennement electifs. Je ne me suis icy proposé de vous estaler par le menu tous les accidents qui advindrent lors. Je vous diray seulement que depuis ce temps là vous ne voyez qu' un chaos, meslange & confusion de toutes affaires dans la France, tantost tous ces Princes uniz ensemble, tantost divisez selon les mescontentemens qu' ils avoient les uns des autres.

Et neantmoins, ainsi que je recueille de Flodoart, dont je faits grand fonds, l' air general de tous ces troubles fut tel. Hugues, depuis surnommé le Grand, devint chef de part, faiseur & defaiseur des Roys selon les occasions: (tout ainsi qu' autres fois Charles Martel) entre ses partizans. Heribert & Thibault beaupere & gendre à face ouverte donnerent les coups orbes: celuy là ayant fait deux fois Charles le Simple son prisonnier, lequel en fin il fit mourir en prison: Et cestuy, Louys d' Outremer son fils, qu' il eut en sa garde un an entier dedans Laon, vray que c' estoit par les menees de Hugues le Grand. Les Duc de Normandie & Comte de Flandres estoient arbitres de la querelle, tantost d' un party, tantost d' autre, selon que la commodité de leurs affaires les y convioit. Quant au Duc d' Aquitaine & Comte de Languedoc, (depuis appellé Comte de Thoulouze) ils servoient de fois à autres de retraicte à nos Roys, en cas de malheureux succez: le theatre où se joüiot la tragedie, c' estoit la Picardie, Bourgongne, Champaigne. La demeure de Hugues, dans Paris, dont il estoit Comte, celle des Roys dans Laon, Rheims, & Compieigne: mais sur tout, les chefs tant d' un que d' autre party affectionnoient la ville de Laon, comme un fort boulevert pour se maintenir contre toutes les advenuës. Au regard des Duchez & Comtez, encores que les Roys pretendissent en pouvoir dispofer, vacquation d' iceux advenant par mort, si est-ce qu' on ne les croyoit, sinon de tant qu' ils estoient assistez de la force: ils eurent en fin un Hugues lequel, ayant perdu tous ses corrivaux (hormis Thibault qui le seconda en toutes ses entreprises) s' estoit fait Controleur general de leurs actions: Heribert estant decedé, ses enfans occirent un Raoul que Louys d' Outremer avoit envoyé exprez pour remettre entre ses mains les villes & terres dont leur pere estoit mort vestu: Le mesme Roy voulant r'entrer dans la Normandie par la mort de Guillaume Duc qui n' avoit laissé qu' un bastard, en fut empesché par Hugues, qui eut un trop puissant adversaire pres de soy, si ceste reünion eust sorty effect. Et neantmoins il se fit donner puis apres le Duché de Bourgongne par le Roy, & sous ce tiltre, luy & ses enfans en jouyrent. Le pretexte estoit par devers nos Roys, la force par devers luy: & à peu dire ils avoient le nom & tiltre de Roys sans effect, cestuy l' effect sans le nom: toutesfois il fit en fin la foy & hommage au Roy Lothaire du Duché general de la France, & apres luy Hugues Capet son fils à Louys dernier Roy de la race de Martels, estans au lieu de Comtes de Paris, appellez Ducs de la France, qui n' estoit pas une qualité grandement eslongnee de celle de Roy: jusques à ce qu' en fin apres plusieurs & diverses disputes, Lothaire regnant, Charles son frere par une ambiton sotte & precipitee se fit vassal de l' Empereur Othon second, qui erigea en Duché, la Lorraine, & l' en investit, luy faisant don d' un pays qu' il ne pouvoit bonnement garder. Ce qui aliena tant Charles, du cœur des François, qu' apres la mort de Louys son nepueu, il fut aisé à Hugues Capet de se faire couronner Roy par le commun vœu & suffrage des Prelats & Seigneurs de la France: Car mesmes Charles froid & lent luy donna le loisir de reprendre haleine quatre ans entiers, apres qu' il fut monté à ce haut degré. Et toutesfois Charles s' estant depuis mis en armes eut deux heureux succez contre luy : car il le vainquir premierement en bataille rangee, & en apres le chassa de la ville de Laon, en laquelle il deliberoit d' establir sa demeure, tout ainsi que ses devanciers: mais par les menees de Hugues Capet, il fut trahy par l' Evesque, lequel le meit avecq' sa femme entre les mains de son ennemy. Qui fut l' accomplissement de son malheur: d' autant que deslors il fut envoyé prisonnier en la ville d' Orleans, où luy & sa femme paracheverent leurs jours.

Par ce dernier chef d' œuvre, vous pouvez recognoistre qu' il y eut moins de vaillance & plus de prudence en Hugues, pour laquelle aussi il emporta à mon jugement le surnom de Capet. Mon opinion doncques est, que luy se voulant rendre paisible de l' Estat, suivit toutes les mesmes traces qui luy avoient esté enseignees par son pere: Aussi que quand il y eust voulu proceder autrement, la Noblesse ne l' eust permis: Et comme ainsi fust que Eude, Robert, & Raoul, Roys adoptez & non naturels, fussent venus à la Couronne par election, voire que ceste mesme procedure eust esté tenuë en Louys d' Outremer, Lothaire, & l' autre Louys, aussi luy convint-il faire le semblable, & par une grande sagesse qui luy faisoit perpetuelle compagnie, il choisit, & les Prelats & les Princes qui avoient eu la meilleure part en la querelle, c' est à sçavoir entre tous les Prelats de la France, six qui estoient des Provinces où l' on avoit joüé des mains: dont il feit le chef, l' Archevesque de Rheims, chef non seulement pour sa qualité, mais aussi que d' ancienneté il consacroit les Roys: au dessous duquel il meit pour second, l' Evesque de Laon, pour l' obligation qu' il avoit en luy, & ainsi des autres selon le plus ou le moins de respect, qu' il leur portoit. Comme aussi entre les Princes & Seigneurs Laiz, il choisit ceux qui avoient esté principalement employez pour l' un & l' autre party: Les Ducs de Bourgongne, Normandie & Guienne, les Comtes de Flandre, & Languedoc: & par special le Duc de Bourgongne, qui fut le Doyen de tous ces Seigneurs: non que ce Duché fust de plus grande recommandation que les autres, ains par ce qu' Othon son frere en estoit Duc, & par consequent meritoit lieu de primauté. Avec lesquels il adjousta Thibaut Comte de Chartres, Blois & Tours, qui n' estoit si grand terrien, mais par ce qu' il avoit esté l' un des premiers & plus obstinez entremetteurs, à la conduitte des troubles: 

Et sa posterité ayant acquis tant par droict successif, que de bien seance, les pays de Champaigne & de Brie, l' on meit puis apres au rang des autres, les Comtes de Champaigne. Voila ce qu' il me semble du premier establissement de nos douze pairs.

Or tout ainsi que ceux-cy tindrent les premiers lieux lors que Hugues Capet fut esleu Roy, aussi ne fay-je aucune doute qu' aux Parlemens & Assemblees generales esquelles on vuidoit toutes causes, tant d' Estat, que de Justice, ils y tinsent les premiers rangs: Et comme on est bien aise de n' oublier les noms des ancienes dignitez, ores que la forma en soit perdue, aussi remeit-on lors l' ancienne dignité de Patrice ou Pairrie en avant, qui estoit tant respectee premierement par les Empereurs, & en apres par nos Roys de la premiere, & seconde lignee. De là vint, que s' il y avoit quelque question entre le Roy & eux pour leurs Pairries & teneures feodales, ou entr' eux mesmes, qu' ils ne decidassent par les armes, ils en remettoient la decision au Conseil general d' eux tous: Et d' autant que d' ordinaire cela se vuidoit en un parlement, on l' appella Cour des Pairs: & à l' exemple de cecy, les Ducs & Comtes voulurent aussi (comme j' ay dict) avoir leurs Pairs en leurs Conseils, Eschiquiers & Grands jours, & au dessous d' eux les Barons voulurent faire le semblable: comme naturellement les petits se rendent Singes des grands. Je trouve dans les Memoriaux de nostre Chambre des Comptes unes procedures qui furent faites l' an 1224. entre la Comtesse de Flandres & le sire de Nesles qui merite d' être icy transcripte, encores que le langage ne soit si vieux, comme estoit celuy de ce temps là. Sur un different qui estoit en Parlement entre Jeanne Comtesse de Flandres & Jean de Nestes: la Comtesse comparant au jour proposé, disoit qu' elle n' avoit pas esté suffisamment semonce par deux Chevaliers, fut jugé qu' elle avoit esté suffisamment semonce: Elle demanda depuis le renvoy de sa cause par devant ses Pairs, qui estoient en Flandres. Jean de Nesles disoit qu' elle avoit failly de droict par ses Pairs, dont il avoit appellé ladicte Comtesse, où il estoit prest de la convaincre de defaut de droict, fut jugé par le Roy, que Jean de Nesles ne retourneroit en Flandres. Lors comparurent le Chancelier, le Bouteiller, le Chambrier, & le Connestable qui sont Officiers de l' hostel du Roy. Les Pairs soustenoient qu' ils ne devoient assister au jugement des Pairs de France: soustenans lesdits Officiers le contraire. Par Arrest fut dict que lesdicts Officiers y assisteroient & jugeroient. Ancienneté, dont vous pouvez recueillir que dés pieça l' ordre & police des Pairs estoit lors instituee tant au chef que membres de la Couronne. Au demourant si ce placard est veritable, il semble que lors le College des Pairs pretendoit qu' à luy seul appartenoit la cognoissance de ses confreres, veu qu' il n' y vouloit admettre les quatre premieres dignitez de la France, & mesmement le Chancelier que depuis nous avons recogneu pour chef general de la Justice. Et neantmoins ce different fut jugé par le Parlement: D' autant que ce n' estoit pas la raison que le College des Pairs eust esté juge en sa propre cause. Depuis on n' a point faict de doute que le corps des Pairs & du Parlement n' estoit qu' un.

Voila quant à la Cour des Pairs, je viens maintenant aux Sacres & Couronnemens de noz Roys, où l' on desire la presence des Pairs. Et combien que cela semble avoir pris son premier traict, de l' élection de Hugues Capet, si ne se continua-il d' un tel fil, que l' autre: Parce que depuis son couronnement jusques à la venuë de Philippes second, dit le Conquerant, on ne trouve point que ces Pairs ayent faict profession d' assister aux Sacres, quelque chose que l' on s' imagine du sacre de Louys le Jeune son pere. Et à vray dire c' est une histoire où il y a autant de tenebres qu' en pas une des nostres. Pour l' esclaircissement de laquelle faut noter que tant & si longuement que les Troubles durerent entre les deux familles, on proceda par élection au couronnement de noz Roys, ainsi que je vous ay cy-dessus touché. Ceste mesme procedure fut practiquee en Hugues Capet, nouveau Roy.

Mais luy Prince tres-advisé, cognoissant que de remettre à la mercy d' une élection, la Couronne nouvellement transferee en sa famille, c' estoit chose de perilleuse consequence, rechercha tous les moyens qu' il peut pour en suprimer l' usage: Et ne trouvant expedient plus prompt que d' agreger avecq' soy Robert son fils, il le fit sacrer & Couronner Roy dés son vivant. Coustume qui fut depuis observee en quatre ou cinq generations successives de noz Roys: Parce que le mesme Robert en fit autant à Henry premier, son fils: & luy à Philippes premier. Lequel n' ayant voulu faire le semblable à l' endroict de Louys le Gros, ce jeune Prince se trouva aucunement empesché apres la mort du Roy son pere. D' autant que l' Archevesque de Rheims, & quelques Prelats & Barons voulurent s' opposer à sa reception. Chose dont Yves Evesque de Chartres adverty, prevint leur dessein par un sage conseil, qui fut de le faire promptement sacrer Roy dedans la ville d' Orleans. Et comme apres coup, ils s' en plaignissent, ce Prelat plein d' entendement, & homme d' Estat, fit une Apologie, qui est la septantiesme entre ses Epistres, par laquelle il monstre qu' il luy avoit esté loisible de ce faire, & que les Sacres de noz Roys n' estoient non plus affectez à l' Eglise de Rheims, qu' aux autres Cathedrales ou Metropolitaines du Royaume. Joinct qu' outre la plume de cest Evesque, Louys le Gros estoit un rude ioueur, auquel il ne se failloit pas aisément heurter. Et neantmoins luy s' estant faict sage, par soy-mesmes, & à ses propres despens, il se donna bien garde de faire la faute qu' avoit faict son pere. Parce que quelques ans avant que de mourir, il fit sacrer Roy, Louys le Jeune son fils. Ce que pareillement fit Louys envers Philippes second, dir Auguste. Ces sages resignations admises dés le vivant des peres, firent oublier les elections qui estoient nees dedans les Troubles de la France. De maniere que vous ne voyez en tous ces Sacres & couronnemens être faicte mention des Pairs, horsmis en celuy de Philippes Auguste, où l' on remarque que Henry le jeune Roy d' Angleterre s' y trouva comme Pair & vassal de France. Mais c' estoit une honneste submission qu' il faisoit au Roy, pour monstrer qu' il ne se pretendoit souverain des seigneuries qu' il possedoit dedans le Royaume. Bien veux-je croire (& n' est en cecy vaine ma creance) que tout ainsi que ce Roy Philippes second eust tant qu' il regna la fortune en pouppe, pour laquelle il fut surnommé tantost Philippes le Conquerant, tantost Philippes Auguste, comme s' il eust esté un autre Empereur Auguste entre nous, aussi voulut-il magnifier sa Cour de ce beau tiltre de Pair. Pour le moins le voyez vous dés & depuis son regne plus en usage que devant. Guillaume de Nangy nous raconte que vers l' an 1259. en paix faisant entre S. Louys, petit fils d' Auguste, & Henry Roy d' Angleterre, il fut accordé que la Normandie, Poictou, Anjou, Maine, & Touraine demeureroient aux François, & la Gascongne, Lymosin & Perigord aux Anglois, à la charge que le Roy d' Angleterre recognoistroit les tenir de noz Roys, en foy & hommage, & s' appelleroit Duc d' Aquitaine & Pair de France. Et neantmoins repassez en quatre ou cinq lignees subsequutives: En Louys huict & neufiesme, Philippes troisiesme, Philippes quatriesme dit le Bel, & en ses trois enfans, vous ne voyez les Sacres de noz Roys être honorez de ceste parade de Pairs. Parquoy je dirois volontiers, s' il m' estoit permis, que lors qu' ils commencerent de n' être, ils commencerent de renaistre, c' est à sçavoir, apres que tous les anciens Duchez & Comtez furent reüniz à la Couronne, fors & excepté celuy de Flandres. Car voyans noz Roys leur Royaume n' être plus eschantillonné: ils voulurent representer par image ces anciennes Pairries: vray qu' avecq' un discours grandement eslongné: Car au lieu qu' autresfois on avoit erigé les grandes Provinces en Royaumes, pour lotir un enfant de France, & luy mort sans enfans on les reduisoit en Duchez & Pairries, nous erigeames depuis en Duchez & Pairries les simples Baronnies: & lors on ne douta de tirer en ceremonie, aux Sacres de noz Roys, ce qui avoit esté faict par necessité à l' advenement de Hugues Capet à la Couronne. De maniere que les Prelats demourerent en leur ancienne prerogative de Pairs & les nouveaux Pairs Laiz representerent les anciens, comme estant ceste representation sans danger.

lundi 17 juillet 2023

6. 28. Fin de la seconde famille d' Anjou; Comté de Provence

Fin de la seconde famille d' Anjou, avec un Sommaire discours tant sur le Comté de Provence escheu à noz Rois, que des voyages de Naples par eux entrepris.

CHAPITRE XXVIII.

Par cette Princesse Yoland, la seconde famille d' Anjou fondit en celle de Lorraine, & voicy comment.

Jean dix & neufiesme Duc de Lorraine, eut deux enfans, Charles son fils aisné qui luy succeda apres son decés, & Ferry Comte de Vaudemont, puisné.

De Charles nasquit Isabeau de Lorraine qui fut conjointe par mariage avec René Duc d' Anjou, qui se donnoit qualité de Roy de Sicile.

De ce mariage nasquirent Jean & Yoland. Car quant à une Marguerite femme d' un Roy d' Angleterre, je n' en fay mise, ny recepte, comme estant une piece hors œuvre.

Jean d' Anjou mourut auparavant René son pere, & eut un fils nommé Nicolas, qui mourut pareillement auparavant son ayeul. De maniere que toute la maison de René estoit aboutie en une seule Princesse Yoland d' Anjou.

De Ferry Comte de Vaudemont premier de ce nom, nasquit Anthoine, & de luy Ferry second.

Isabeau de Lorraine femme de René pretendoit apres le decés de Charles son pere, que le Duché de Lorraine luy appartenoit, comme seule fille & heritiere du Duc.

Anthoine au contraire soustenoit que ce Duché estoit un fief affecté aux masles qui ne pouvoit tomber en quenoüille. Partant qu' ores qu' il fust seulement issu du puisné, toutesfois estant masle il forcluoit cette Princesse. Nouveau subject de guerre entre luy & René. Auquel en fin René se trouva avoir du pire. Et ayant esté faict prisonnier d' Antoine, pour moyenner sa deliurance, il accorda le mariage d' Yoland sa fille avec Ferry fils d' Antoine. Quoy faisant on unit les deux branches de l' aisné & puisné de Lorraine ensemble. Sage conseil pour faire cesser les differents qui estoient entre eux. Mariage toutesfois que jamais René ne peut bonnement gouster pour avoir esté extorqué de luy. Tellement que tous ses projets ne tendoient qu' à coupper les aisles à son gendre. Et de faict Philippes de Commines nous tesmoigne, que s' il n' eust esté prevenu par le desastre qui advint à Charles Duc de Bourgongne contre les Souisses, il se fust donné à luy. Qui eust esté un mauvais party pour la France.

Or avoit il un frere puisné nommé Charles, auquel entre autre biens il laissa pour son partage le Comté du Maine, la Baronnie de Mayenne la Iouais, la Ferté Bernard, Sablé, & autres grandes terres & seigneuries. Ce Seigneur eut un fils portant le nom de Charles comme luy, que René par son testament de l' an mil quatre cens septante huict, institua son heritier universel: lequel choisit pour son domicile la Provence, dont il estoit Seigneur souverain, & y mourut quatre ans apres, & par son testament à l' instigation de Palamedes Forbin Seigneur de Soliers, qui avoit grande part en ses bonnes graces, institua son heritier particulier au Comté de Provence, le Roy Louys unziesme & ses successeurs Roys de France.

En ce Prince Charles dernier masle, prit fin, & le nom, & la familie d' Anjou, & fondit en celle de Lorraine par le mariage d' Yoland avecques Ferry de Lorraine, dont sont issus ces grands Princes Lorrains, que nous voyons aujourd'huy. Famille d' Anjou, (vous dis-je) enflee, tant en pretensions, que d' effect de trois Royaumes, Sicile, Poüille, & Hierusalem (& encore de celuy d' Arragon, si on eust faict droict à Yoland d' Arragon femme de Louys deuxiesme) de trois Duchez, Anjou, Lorraine, & Calabre, de trois Comtez, Provence, le Maine, & Bar; dont le dernier fut depuis erigé en Duché. Et furent les pieces esmorcillees à divers Princes: l' Arragonnois se lotit de la Sicile, Poüille & Calabre: Le Lorrain de la Lorraine & du Barrois, & encores de plusieurs autres seigneuries esparses, tant au pays du Maine, Provence, que plusieurs autres endroicts de la France. Le Roy Louys unziesme de la Provence, par le moyen du testament de Charles, & des Duché, d' Anjou, & Comté du Mayne par nostre droict de reversion à la Couronne, comme estans de l' ancien Domaine de France, qui ne tomboient en quenoüille. Car quant au Royaume de Hierusalem, ce fut un titre de parade, dont ny la premiere, ny seconde lignee d' Anjou, ne jouyt actuellement. Et comme le Roy Louys XI. estoit Prince qui ne laissoit perdre les occasions de s' advantager quand elles se presentoient, aussi se voulut-il faire accroire, que les quatre Baronnies du Duché de Bar luy appartenoient en proprieté, la force estoit pardevers luy: car quant au bon droit je m' en remets à ce en qui estoit. Tant y a que par accord faict entre luy, & René Duc de Lorraine, le seigneur de la Jaille le 14. de Mars 1479. pour le Roy de Sicile meit entre les mains de Louys pour six ans, la ville de Bar, pour en jouyr pendant ce temps, & y mettre telle garde qu' il luy plairoit. Et le lendemian (lendemain) les manans & habitans feirent le serment de fidelité au Roy, conformément au traité fait & passé entre les deux Princes. Et tant & si longuement que Louys vesquit le Prince Lorrain ne s' en oza plaindre.

Quelque temps apres son decez Charles huictiesme son fils, luy ayant succedé à la Couronne en l' aage seulement de quinze ans, René Duc de Lorraine vint en Cour, & en plein Conseil du Roy (auquel estoit Philippes de Commines, comme Conseiller d' Estat, duquel j' ay emprunté ce Placard) feit instance, tant pour le Duché de Barrois, qu' il soustenoit luy avoir esté induëment occupé par le feu Roy, que pour le Comté de Provence qu' il disoit luy devoir appartenir du chef de la Royne Yoland d' Anjou sa mere, qui avoit est plus proche habille à succeder à Charles d' Anjou son cousin germain. Et ce nonobstant le testament par luy faict en faveur du Roy Louys unziesme, comme n' en ayant peu disposer par les anciens statuts de Provence.

Particularité que je vous touche icy par expres contre l' opinion de ceux qui se font accroire que le Roy s' en estoit emparé par un droict de bienseance seulement & sans tiltre. Car si cela eust esté vray, le Duc de Lorraine ne l' ust oublié, non plus que du pays de Barrois. Mais au cas qui lors se presentoit, il demoura d' accord le testament avoir esté faict, & revoqua seulement en doubte, sçavoir s' il avoit peu estre faict au prejudice de la plus proche lignagere. De moy je vous puis dire l' avoir eu, veu, & leu en bonne forme & authentique, en la cause du Vicomte de Martygues, que par trois diverses matinees d' uns Lundy, Mardy, & Jeudy, nous plaidasmes au parlement de Paris, l' an mil cinq cens septante trois à huis ouvert, en la presence de tous les Princes & Princesses Lorrains & Lorraines residents en cette France, moy plaidant pour Messire Henry de Lorraine Duc de Guyse, & Maistre Claude Mangot grand & excellant Advocat, pour la fille unique de Messire Sebastien de Luxembourg. Testament qui servoit à la decision de nostre cause, lequel fut fait par Charles, le dixiesme Decembre mil quatre cens octante & un, dedans lequel il institua le Roy Louys unziesme son heritier particulier au Comté de Provence, & apres luy, tous ses successeurs Roys de France. Tellement qu' il ne faut point revoquer en doute, si ce testament a esté fait, puisque René en demouroit d' accord, mais bien si Charles en avoit peu gratifier nos Roys par son Ordonnance testamentaire. En quoy il n' y avoit aucune obscurité, d' autant que la Provence est un pays de droict escrit, auquel il est loisible à chacun de disposer de tous & chacuns ses biens, par son testament. Et mesmement avoit esté cette cause prejugee en cas individu par deux diverses dispositions: La premiere du Comte Beranger au profit de Beatrix femme de Charles d' Anjou frere de S. Louys, au desadvantage de ses trois sœurs qui la precedoyent d' aage: La seconde par la Royne Jeanne premiere Comtesse de Provence en faveur de Louys Duc d' Anjou premier de ce nom. Lequel en jouyt apres le decés d' elle, & le transmeit à ses successeurs. Qui estoit du tout clorre la bouche du Prince Lorrain. Comme aussi sagement & justement le conseil du Roy fut d' advis de luy rendre le Duché de Bar, mais non le Comté de Provence. Vray que pour luy oster toute opinion de remuëment de mesnage, Pierre Duc de Bourbon beau-frere du Roy Charles huictiesme, qui lors avoit tout le gouvernement des affaires de France en main, luy feit bailler une compagnie de cent gendarmes, & pension de soixante mille liures pour quatre ans. Leçon qui luy avoit esté expres enseignee par le Roy Louys son beau-pere, avant que de mourir, luy enjoignant que sur toutes choses il empeschast qu' on ouvrist la porte aux armes dedans son Royaume, tant & si longuement que son fils seroit en bas aage. Comme aussi n' y a-il riens qu' il faille tant craindre, que la guerre, pendant la minorité d' un Roy.

Nostre Roy & le Duc de Lorraine diversement assortis des biens, terres, & seigneuries de la maison d' Anjou, restoit à partager entre eux l' esperance des trois Royaumes & du Duché de Calabre, chacun d' eux pretendants y avoir la meilleure part: car combien que les François se l' adjugeassent en consequence du testament de Charles d' Anjou, toutesfois les Princes Lorrains n' en voulurent lors quitter le tiltre. Ainsi Yoland s' intitula Royne de Sicile, jusques au jour de son decés, qui fut l' an mil quatre cens quatre vingts neuf, & apres elle René son fils: Le tout au veu & sceu de nos Roys sans aucune contradiction. Et d' un autre costé combien que Charles huictiesme cornast la guerre contre l' Arragonnois pour la recousse du Royaume de Naple, toutesfois jamais René ne feit protestation contraire. Voire en plus forts termes, sommé & interpellé par les Napolitains qui s' estoient revoltez contre leur Roy Ferdinand, de s' armer & joindre ses forces avecques les leur, comme celuy qui y avoit le principal interest, il saigna du nez, soit qu' il estimast cette querelle estre la nostre, ou qu' il se fust faict sage par les folastres voyages des Princes d' Anjou ses predecesseurs.

Tellement que ce fut une chasse morte aux Lorrains: mais non à nous autres François, & le premier de nos Roys qui s' engagea à cette querelle fut Charles huictiesme (contre l' advis des plus sages) poussé d' un boüillon de sa grande jeunesse, & de je ne sçay quels mignons apprentis au fait de la guerre. Voyage qui eut une entree heureusement courte, & une retraicte plus heureuse que ne se promettoit la sagesse de tous les Potentats d' Italie. Toutesfois je ne voy point que nostre France raportast de ce voyage autre fruict, que la perte du corps & des biens. Car c' est celuy auquel on doit l' origine de cette malheureuse maladie, que quelques uns nommerent depuis mal de Naples, pour y avoir premierement mis son siege, & les autres mal des François, parce qu' ils en porterent les premieres marques. Et pour le regard des biens, nous devons au mesme voyage le premier engagement du Domaine de la Couronne pour subvenir aux affaires de la guerre. Car le Roy Charles estant sorty du Royaume à la vanuole, sans auparavant recognoistre quel estoit le fonds de ses finances, se trouvant en la ville de Plaisance court d' argent, decerna ses lettres patentes en Octobre mil quatre cens quatre vingts quatorze, pour engager de son Domaine jusques à la somme de six vingts mil escus. Et parce que c' estoit un chemin non encores frayé par la France, il voulut authoriser ses lettres de l' advis de treize seigneurs ses principaux Conseillers. Ces lettres envoyees au Parlement furent du commencement trouvees de tres-fascheuse digestion, toutesfois la necessité n' ayant point de loy, il fut trouvé bon pour desgager nostre Roy de ce perilleux voyage de tolerer cest engagement, pour ce coup tant seulement, & sans le tirer en consequence, portoit la verification du vingtiesme Novembre au mesme an. Belle protestation sans effect. Et de moy toutes & quantes fois que je lis cette sage clause portant un, Sans le tirer en consequence, pour faire passer & donner cours à une ouverture nouvelle, je m' en ris: comme estant une clause contrevenante au naturel de ce Royaume, qui est un Royaume de consequence. Ce que nous avons depuis esprouvé en ce mesme subject: car combien que le Domaine de la Couronne soit une chose sacrosaincte, & que l' alienation n' en soit faicte qu' à faculté de rachapt perpetuel, sans aucune limitation de temps: toutesfois ce mesnage par succession de temps est arrive à tel desbord & desarroy entre nous, que horsmis les tiltres generaux du Domaine, pour le regard des terres particulieres, à peine en trouverez vous aujourd'huy aucunes, esquelles nos Roys se puissent heberger.

Discours qui n' est pas du present subject: mais pour reprendre mes brizees, l' observation que je fais en tous ces voyages de Naples, est une belle promesse de fortune sur nos arrivees, mais fascheuses fins pour closture de nos entreprises. Apres le decés du Roy Charles, trois Roys successivement & l' un apres l' autre s' y voüerent, uns Roys Louys douziesme par l' entremise du Seigneurd' Aubigny, François premier par le Mareschal de l' Autrec, & Henry deuxiesme par le Duc de Guyse, tous grands Capitaines & guerriers. Et ces trois Roys se trouverent successivement, & l' un apres l' autre deceuz de leurs esperances, apres avoir faict une despense infinie, & perte d' une infinité de Seigneurs & Capitaines de marque: J' excepte le dernier voyage, par ce qu' il fut interrompu par un changement de volonté du Pape Carrafe qui nous y avoit appellez. Que si nous eussions employé, quand les occasions s' y sont presentees, au recouvrement des pays qui nous attouchent, & sont de nostre ancien estoc, tout l' argent qu' avons despendu en la recherche de ce Royaume de nous separé, & de mœurs, & d' un long entrejet de chemins, il nous en fust beaucoup mieux pris. Lisant les Historiographes qui en ont escrit, vous trouverez de grandes fautes advenuës de la part de ceux qui prés de nos Roys estoient estimez les plus sages. Et quant à moy je les impute à nostre malheur, y ayant eu quelque Ange qui par le vouloir expres de Dieu, s' opposa aux desseins qu' entreprismes de là les Monts, & tint en bride ceux que pouvions selon les rencontres, aisément executer à nos portes aux pays bas.

jeudi 6 juillet 2023

6. 6. De deux traits de liberalitez remarquables.

De deux traits de liberalitez remarquables.

CHAPITRE VI.

Il n' est pas dit que tousjours il faille estre agité des flots de la mer, quand on a esté traversé d' une tempeste. A l' issuë des Troubles par moy cy-dessus discourus (vray miroüer des malheurs qui de nostre temps ont vogué par la France) il ne sera hors de propos de nous rafraischir maintenant, ainsi qu' à un port, en ces deux exemples que je me suis proposez par ce present Chapitre. On dit qu' il n' y a plus beau moyen pour representer la grandeur de Dieu qu' exerçant une liberalité envers les pauvres. De cette vertu Henry frere aisné de celuy Thibaut, qui depuis fut gendre de Sainct Louys, s' aida si bravement, que pour sa grande largesse il fut surnommé par le commun peuple, le Large. De luy se fait un conte sur ce sujet fort memorable. Il y avoit un Bourgeois riche & opulent sur tous les autres dans la ville de Troyes, nommé Artaut, qui par les bien-faits de son Maistre avoit fait bastir un Chasteau de singuliere beauté, qui fut appellé Nogent, & du nom de son Maistre vulgairement Nogent l' Artaut. Advint qu' un jour de Pentecoste, le Comte allant ouyr la Messe à sainct Estienne de Troyes, se presenta devant luy à genoux un pauvre Gentil-homme qui luy requit au nom de Dieu l' aumosne pour marier deux siennes filles, lesquelles il luy presenta, surquoy Artaut qui estoit derriere son Maistre, sans attendre aucune responce du Comte, s' ingera de respondre au Gentil-homme, qu' il avoit tort de demander argent au Comte, qui pour ses liberalitez excessives estoit tant à l' estroit d' argent, qu' il ne luy estoit presque demeuré aucuns deniers dans ses coffres: Toutesfois le Comte courroucé d' une responce faite ce luy sembloit si mal à propos, par laquelle ce mignon esperoit retrancher sa liberalité, se tourna devers luy: Maistre vilain (luy dit-il) vous mentez faussement de dire que je n' ay plus que donner, si ay dea, car j' ay encores vous mesmes à donner. C' est pourquoy je vous donne presentement à ce pauvre Gentil-homme que je voy prosterné devant mes pieds. Et à l' instant mesme se saisit de luy, disant: Gentil-homme mon amy tenez, je le vous donne, & le vous garentiray. A laquelle parole le Gentil-homme se leve, & apres avoir faict une honorable reverence, & remercié tres-humblement le Comte prit Artaut, lequel fut contraint de payer sa rançon pour marier les deux Damoiselles. Il est bien seant à ceux qui ont l' oreille d' un Prince de mesnager le bien de luy: mais non aux despens de sa reputation: & neantmoins encore aymerois-je mieux le conseil d' Artaut, que d' un tas de sangsuës qui n' apprennent à un Roy que la prodigalité: car pendant que par cet excez ils espuisent toute son Espargne, il faut qu' il ait recours de ses fautes sur son pauvre peuple, & est certain que l' augmentation des tailles est la diminution de la bonne volonté des sujets envers leur souverain Seigneur.

Or à la suitte de l' exemple du Comte Henry, il me plaist d' en enfiler une autre de Messire Georges d' Amboise Cardinal, l' un des principaux Conseillers du bon Roy Louys douziesme. Ce preud'homme joüissoit du lieu de Gaillon, dependant de son Archevesché de Roüen, qu' il augmentoit, & accommodoit de tout son possible comme maison de plaisance, relasche de ses plus serieuses occupations. Il y avoit un Gentil-homme sien voisin grandement affairé, lequel pour se mettre au large, parla à l' un des domestiques du Cardinal, à ce qu' il voulust moyenner envers son Maistre qu' il acheptast une sienne terre qui estoit grandement à la bien-seance de Gaillon. Or comme la nature de tous Courtisans est prompte en telles negotiations, cestuy en advertit soudain son Maistre, l' advisant qu' il pourroit avoir à bon conte cette terre, dont il luy portoit parole: A quoy le Cardinal d' une face gaye, & riante, luy respondit qu' il ne demandoit pas mieux que de communiquer cette affaire avec le Gentil-homme vendeur, & que partant on le conviast à disner: Commandement qui fut incontinent mis en œuvre par le Courtisan: & de fait quelques jours apres le Gentil-homme ayant pris sa refection avec ce bon Seigneur, les tables levees, & un chacun retiré pour les laisser deviser à leur aise, sur ce qu' ils avoient à faire, le Cardinal commença de luy tenir propos de cette terre, l' admonnestant, comme voisin & amy de ne se vouloir defaire de ce lieu qui estoit de son ancien estoc, l' autre au contraire insistant, alleguoit pour ses raisons, qu' il esperoit rapporter de cette vente trois profits, l' un en gaignant par ce moyen sa bonne grace, l' autre parce que d' une partie de l' argent il marieroit une sienne fille, & la derniere qu' il employeroit le reste de ses deniers en rentes courantes, qui luy profiteroient tout autant comme le revenu de sa terre entiere, & pource Monseigneur (adjoustoit-il) qu' elle vous est trop plus seante qu' à nul autre, je me suis adressé à vous, pour vous en faire tel marché que souhaiterez. Voire-mais mon voisin (respondit le Cardinal) si vous aviez argent d' emprunt pour loger vostre fille en bon lieu, n' auriez vous pas beaucoup plus cher que la terre vous demeurast? A quoy luy ayant le Gentil-homme fait responce que ce luy seroit une autre difficulté de rendre à jour nommé l' argent qu' il avroit emprunté. Mais si on vous attermoyoit à tel temps (poursuivit le Seigneur) que sans vous mal-aiser peussiex acquitter vostre debte, que diriez vous? Ha Monseigneur (repliqua l' autre) vous dictes bien, mais où sont maintenant ces presteurs? Et ainsi estans tombez en une taisible altercation de la vente & du prest, en fin ce bon Legat s' escria: Et vrayement ce seray-je, & non autre qui vous feray ce party. Ce qu' il fit: car il luy presta argent convenable, avecques terme si long, que comblant, comme l' on dit, de la terre ce fossé, ce Gentil-homme maria sa fille à son desir, sans se despoüiller de sa place: & comme sont toutes gens de Cour soucieux d' advantager leurs Maistres par un droict de bien-seance au prejudice des autres, sortans de ce conseil estroit, survint celuy qui estoit l' entremetteur, lequel en particulier demande à son Maistre s' il avoit convenu de prix: Ouy, luy respondit ce preud' homme, & y pense avoir trop plus gaigné que vous n' estimez: Car au lieu de la Seigneurie dont vous m' aviez parlé, j' ay faict acquisition d' un amy, aimant trop mieux un bon voisin, que toutes les terres du monde. Qui rendit mon pauvre Courtisan si confus, que de là en avant ne luy souvint de s' esmoyer de telles voyes, pour penser gratifier à ce bon Seigneur. O exemple digne d' un Aristides, ou Caton, lequel à la mienne volonté tous Seigneurs eussent enchassé dans leurs testes: & toutes-fois en mourant il regrettoit avec pleurs & larmes le temps qu' il avoit employé plus à la suite de la Cour d' un Roy, que d' endoctriner ses brebis.

lundi 26 janvier 2026

SERMENTS 842, STRASBOURG, Mourcin

SERMENTS 

PRÊTÉS A STRASBOURG EN 842
PAR 
ET LEURS ARMÉES RESPECTIVES.


SERMENTS, STRASBOURG, 842, lo chapurriau mes antic


(Nota del editó, Ramón Guimerá Lorente: Hay descarregat este llibre desde Archive.org, y lo edito pera algunes de les meues webs o blogs.
Si alguna paraula o palaura no la vech be al PDF, ficaré * un asterisco dabán apegat, o varios asteriscos ** si són varies paraules o palaures.
N. E. : nota del editó. Vore los monumens de la llengua romana, poe Raynouard, a partí del añ 842 D. C.)

Se trouve, à Paris,

Chez Delaunay, libraire, galeries de bois, Palais-Royal.

Treuttel et Wurtz, libraires, rue de Bourbon, n° 17.
Delalain, libraire, rue des Maturins, n° 5.


AVIS. 

Le relieur placera la planche gravée en regard de la page 1, et le grand tableau à la fin du Mémoire.


SERMENTS
PRÊTÉS A STRASBOURG EN 842
PAR
CHARLES-LE-CHAUVE,
LOUIS-LE-GERMANIQUE,
ET LEURS ARMÉES RESPECTIVES.
EXTRAITS DE NITHARD, MANUSC. DE LA BIBL. DU ROI, n° 1964; 
TRADUITS EN FRANÇOIS,
AVEC DES NOTES GRAMMATICALES ET CRITIQUES,
DES OBSERVATIONS SUR LES LANGUES ROMANE ET FRANCIQUE,
ET UN SPECIMEN DU MANUSCRIT;

MEMBRE DE LA SOCIÉTÉ ROYALE DES ANTIQUAIRES DE FRANCE, etc.

A PARIS,
DE L'IMPRIMERIE DE P. DIDOT L'AINÉ,
IMPRIMEUR DU ROI.
1815.


INTRODUCTION.

Depuis la renaissance des lettres, plusieurs savants se sont livrés avec succès à l'étude du moyen âge; mais, toujours occupés des monuments latins, presque tous ont dédaigné le langage rustique (lingua rustica vel romana), que nos pères ont parlé pendant plus de huit siècles, et qu'on doit regarder comme le passage de la langue de Virgile à celle de Racine et de Fénélon. A peine quelques hommes ont daigné le suivre dans ses changements continuels, aussi on voit les autres errer à chaque pas, soit qu'ils veuillent traduire ce langage qu'ils n'entendent point, soit qu'ils traitent de l'origine de notre langue actuelle ou de sa grammaire. 
Je n'entrerai point ici dans de longs détails pour prouver son utilité; les esprits sages savent l'apprécier : je me bornerai à faire connoître d'une manière exacte le plus ancien monument que nous ayons dans cette langue : je veux parler des serments que Louis-le-Germanique et l'armée de Charles-le-Chauve prêtèrent à Strasbourg en 842. Les mêmes serments furent faits en langue francique par Charles et l'armée de Louis. Je les rapporterai aussi: ils me serviront à expliquer les premiers, dont ils ne sont que la copie. D'ailleurs, comme les uns et les autres ont toujours été mal lus et mal entendus, je crois utile de remettre, autant qu'il sera possible, dans son intégrité cet ancien et précieux monument (1).

(1) Nithard nous a conservé ces serments dans les deux langues. Malheureusement on ne les trouve que dans un seul manuscrit.
Ce manuscrit est à la Bibliothèque du Roi, sous le n° 1964. Jadis il faisoit partie de celle du Vatican. Le n° 419 n'est qu'une copie de celui-ci, faite dans le XVe siècle.
La place des serments y est laissée en blanc.

Carlos el Calvo, Charles le Chauve, Carlitos lo Calvet



Louis-le-Germanique, Luis el Germánico, Louis I the German, Ludwig der Deutsche



Publié par Bodin en 1578, ce fragment de notre ancienne littérature a été cité et commenté depuis par un grand nombre de savants. Fréher est le premier qui en a donné une dissertation; elle parut au commencement du XVIIe siècle, et se trouve dans le Rerum germanicarum aliquot Scriptores. C'est la seule qu'on puisse citer jusqu'à l'année 1751, que Bonamy fit de ces serments le sujet d'un long et intéressant mémoire; mais peu familiarisé avec les principes de la langue romane, cet académicien distingué n'a pas même su toujours profiter des leçons de ceux qui l'avoient précédé.
J'ai donc cru pouvoir remettre l'ouvrage sur le métier; j'ai revu le manuscrit, je l'ai collationné avec grand soin, et, après en avoir fait la traduction, j'ai donné la valeur, la prononciation et l'étymologie de chaque mot; ce qui m'a conduit à plusieurs règles générales sur la grammaire et la formation de notre vieux langage. J'ai été souvent minutieux; mais j'ai dû l'être pour combattre l'erreur, et j'ose espérer que ce foible travail ne sera pas sans utilité.
Je saisis cette occasion pour témoigner ma reconnoissance à messieurs les conservateurs de la Bibliothèque du Roi, qui ont bien voulu me confier avec la plus grande obligeance les ouvrages dont j'avois besoin. Je dois aussi des remerciements à mon savant confrère M. de Roquefort, pour avoir bien voulu mettre à ma disposition la planche du spécimen dont il avoit orné son glossaire, et me permettre d'y faire les changements que je croirois convenables. 


TABLE 
DES AUTEURS CITÉS. 

Astruc (Jean). Mémoires pour l'histoire naturelle de la province de Languedoc. Paris, 1737.
Pag. 506. Texte roman, avec traduction latine interlinéaire. Le même texte répété et traduit en languedocien.
Bodin (Jean). Les six livres de la République. Paris, 1578.
Ve liv., vers la fin, Texte roman, avec traduction françoise.
Boecler (Jean-Henri). De rebus saeculi à Christo nato IX, et X, per seriem, Germanicorum Caesarum commentarius. Argentorati, 1656.
Pag. 121. A l'imitation de Fréher, Boecler met les deux textes en interligne l'un à l'autre; mais il ne donne ni notes ni traduction.
Bonamy (Pierre-Nicolas). Mémoires de l'Académie des inscriptions et belles-lettres. 
Tom. XXVI, p. 638. Texte roman, avec traduction interlinéaire en latin et en langage du XIIe siècle (1); traduction françoise, notes, dissertation. 
(1) M. Champollion a cru que cette traduction avoit été faite dans le XIIe siècle. 
Borel (Pierre). Trésor de recherches et antiquitez gauloises et fançoises. Paris, 1655.
Vers le milieu de sa préface, Borel cite les deux textes très incorrectement, et en donne la traduction françoise. 
Bouquet (Dom Martin). Recueil des historiens des Gaules et de la France. Paris, 1749. 
Tom. VII, pag, 27, liv. III (de Nithard.) Les deux textes, très incorrects. 
Ib., pag. 35. Textes et dissertation de Fréher.
Bullet (Jean-Baptiste). Mémoires sur la langue celtique. Besançon, 1754.
Tom. I, pag. 23. Texte roman, avec traduction françoise. Explication des mots, dont un grand nombre, selon Bullet, viendroient du celte!
Cange (Charles Du Fresne, seigneur du) (Ducange). Glossarium ad scriptores mediae et infimae latinitatis. Editio secunda. Parisiis, 1733.
Tom. I, pag. 39 de l'ancienne préface. Texte roman, avec traduction latine. Notes sur quelques passages.
En marge on trouve des variantes presque toutes tirées de Bodin.
Champollion-Figeac (J.-J.). Nouvelles recherches sur les patois. Paris, 1809.
Pag. IX de la préface, pag 156. Texte roman avec traduction françoise.
Chesne (André du) (Duchesne). Historiae Francorum scriptores à Pipino Caroli m. imp. patre, usque ad Hugonem - Capetum Regem. Lutetiae - Parisiorum, 
1636.
Tom. II, p. 382. Textes et dissertation de Fréher, à quelques variantes près.
Cordier (Edmond) Recherches historiques sur les obstacles qu'on a eus à surmonter pour épurer la langue Françoise. Paris, 1805.
Pag. 51. Commencement du serment de Louis; texte, et traduction françoise.
Court-de-Gébelin (Antoine). Monde primitif. Paris, 1778.
Tom. V. Explication du frontispice à la suite du discours préliminaire. Texte roman, avec traduction françoise.
Daniel (Gabriel). Histoire de France. Paris, 1713.
Tom. I, pag. 668. Texte du premier serment en langue romane, avec traduction françoise. Le père Daniel a suivi Du Cange, à quelques variantes près.
Duclos (Charles Penot). Mémoire de l'Académie des inscriptions et belles-lettres.
Tom. XVII, pag. 171. Texte du premier serment en langue romane, avec traduction françoise.
Dupleix (Scipion), Histoire générale de France. Paris, 1631.
Tom. I, pag. 481. Texte roman, avec traduction françoise.
Eckhart (J.-Georges D'). Commentarii de rebus Franciae orientalis. Wiceburgi, 1729.
Tom. II, pag. 354. Textes interlinéaires l'un a l'autre comme ceux de Fréher, avec une traduction latine assez bonne.
Fauchet (Claude). Les oeuvres de feu M. Claude Fauchet, Paris, 1610.
Des Antiquitez françoises, liv. IX, f° 330, v°. Textes très incorrects, avec traduction françoise.
Ferrarius (Octave). Octavii Ferrarii origines linguae italicae. Patavii, 1676.
A la fin de la préface. Texte roman très incorrect.
Fréher (Marquard). Rerum Germanicarum scriptores aliquot, etc. Editio tertia, recognita à Burcardo - Gotthelffio Struvio. Argentorati, 1717.
Tom. I, pag. 72. Fréher est le premier qui a fait une dissertation sur les deux serments (1: Et non pas le premier qui les a publiés, comme le prétend M. Gley.). Textes interlinéaires l'un à l'autre, sans traduction.
Frickius (Jean). Annotateur du Trésor des antiquités teutoniques de Schilter. (voyez ce dernier.)
Gley (G.). Langue et littérature des anciens francs. Paris, 1814.
Pag. 194. Textes, avec traduction françoise.
Grimm (Jacob). Lettre à M. de Roquefort. 1809. 
Cette lettre, que M. de Roquefort a bien voulu me communiquer, contient le texte francique.
Le-Brigant (Jacques). Autres détachements de la langue primitive. Paris, 1787. 
Pag. II. Commencement des deux textes du premier serment, avec traduction.
Le Gendre (Louis). Histoire de France jusqu'à la mort de Louis XIII. Paris, 1718.
Tom. I, pag. 235. Premier serment en langue romane; le texte et la traduction. 
Leibnitz (Godefroi - Guillaume). Gothofredi - Guillelmi Leibnitii opera omnia. Genevae, 1768.
Tom. VI, 2e part., pag. 141. Les deux textes interlinéaires l'un à l'autre, avec quelques notes. L'éditeur a mal imprimé ces serments, et, comme je n'ai pu me procurer la première édition de Leibnitz, je ne cite que d'après Astruc.
Lipse (Juste). Justi Lipsii opera omnia. Antverpiae, 1637.
Tom. II, pag. 494. Epistolarum selectarum ad Belgas centuria tertia; epistola XLIV, Henrico Schottio. Les deux textes du premier serment, sans traduction. 
Mézeray (François-Eude). Histoire de France depuis Faramond jusqu'à maintenant. Paris, 1643.
Tom. I, pag. 258. Commencement des deux textes, avec la traduction française du premier serment en entier.
Oberlin (Jérémie-Jacques). Essai sur le patois lorrain des environs du comté du Ban de la Roche. Strasbourg, 1775.
Pag. 10. Texte roman, avec traductions française, gasconne et lorraine.
Petit-Pas (Jean). Histoire générale des Roys de France, escrite par Bernard de Girard, seigneur du Haillan. Paris, 1615.
L'éditeur Petit-Pas a ajouté, ou fait ajouter, ces serments. Texte roman avec traduction françoise.
Pithou (Pierre). Annalium et historiae Francorum ab ann. Christi 708 ad ann. 990 scriptores coaetanei XII; ex bibliothecâ P. Pithaei, Parisiis, 1588.
Pag. 353 (liv. III de Nithard). Les deux textes sans traduction.
Platière (Sulpice de La). Galerie universelle des hommes qui se sont illustrés dans l'empire des lettres. Paris, 1787.
Tom. I, pag. XCI de l'introduction. Texte roman, avec traduction françoise.
Pontanus (Jean-Isaac), Originum Francicarum libri VI. Hardervici, 1616.
Liv. VI, pag. 605. Les deux textes avec la traduction françoise d' Antoine Thysius; quelques notes, et une traduction àllemande; le tout fort mauvais. 
Ravallière (Louis-Alexandre Lévesque de La). Les poésies du Roy de Navarre. Paris, 1742.
Tom. I, pag. 98. Révolutions de la langue françoise depuis Charlemagne jusqu'à saint Louis. Texte du serment de l'armée de Charles, avec traduction françoise.
Rivet (Dom Antoine). Histoire littéraire de la France. Paris, 1746.
Tom. VII, pag. XXX de l'avertissement. Texte du premier serment en langue romane, avec traduction française.
Roquefort (J.-B.-B. De). Glossaire de la langue romane. Paris, 1808.
Tom. I, pag. XX du discours préliminaire. Les deux textes sont accompagnés de la traduction françoise, et d'un spécimen du manuscrit de Nithard. M. de 
Roquefort a rapporté en outre les traductions en langage du XIIe siècle et en latin barbare, faites par Bonamy.
Schilter (Jean). Scriptores rerum Germanicarum à Carolo III usque ad Fredericum III. Argentorati, 1702.
Pag. 101 (liv. III de Nithard). Les deux textes, sans traduction.
Id. Joannis Schilteri thesaurus antiquitatum Teutonicarum. Ulmae, 1727.
Tom. II. Jus provinciale Alemanicum, pag. 240. Ici les deux textes sont accompagnés de quelques notes et d'une traduction latine; le tout selon Frickius.
Schoepflin (J.-Daniel). Alsatia illustrata. Colmariae, 1751.
Tom. I, pag. 811. Les deux textes avec traduction latine; quelques notes. 
Villencour (N. DE). Discours public sur les langues en général, et sur la langue françoise en particulier. Paris, 1780.
Pag. 26. Commencement du serment de Louis, avec traduction françoise. 
Vulcanius (Bonaventure). De litteris et linguâ Getarum sive Gothorum, item de notis Lombardicis. Lugduni - Batavorum, 1597.
Pag. 68. Les deux textes sans traduction. 
Wachter (Jean-Georges). Glossarium Germanicum. Lipsiae, 1737. 
Pag. 961. Au mot Leisten on trouve une phrase du serment de l'armée de Louis. 


TABLE
DES MÊMES AUTEURS,
PAR ORDRE DE DATE.

Bodin 1578
Pithou 1588
Vulcanius 1597
Lipse (Juste)  1599
Fauchet 1602
Fréher 1611
Petit-Pas 1615
Pontanus (Isaac) 1616 
Dupleix 1621
Du Chesne 1636
Mézeray 1643
Borel 1655
Boecler 1656
Ferrarius 1676
Du Cange 1678
Le-Gendre 1700
Schilter 1702
Leibnitz 1 (sic)
Daniel 1713
Frickius 1727 
Eckhart 1729
Astruc 1737
Wachter 1737
Duclos 1741
La Ravallière 1742
Rivet 1746
Bouquet (Dom) 1749
Schoepflin 1751
Bonamy 1751
Bullet 1754
Oberlin 1775
Court-de-Gébelin 1778
Villencour 1780
Le-Brigant 1787
La Platière 1787
Cordier 1805
Roquefort 1808
Champollion 1809
Grimm 1809
Gley 1814


TABLE 
DES ABRÉVIATIONS. 
A. Astruc.
Bn. Bodin. 
Br. Boecler.
Bi. Bonamy.
Bl. Borel.
B. Bouquet (Dom)
Bt. Bullet.
C. Cange (Du)
Ce. Les variantes en marge de Du Cange.
Cn. Champollion.
Cr. Cordier (l'abbé) 
Ct. Court-de-Gébelin.
Dl. Daniel (le père).
Dc. Du Chesne.
Ds. Duclos.
Dx. Dupleix.
E. Eckart.
Ft. Fauchet.
Fi. Ferrarius.
Fr. Fréher. 
Fs. Frickius.
G. Gley.
Le. Le-Gendre
Lt. Le-Brigant.
Lz. Leibnitz.
Ls. Lipse (Juste)
M. Mézeray.
O. Oberlin.
Pt. Petit-Pas.
Pu. Pithou (Pierre)
Pe. La Platière (le Cte de.)
Ps. Pontanus (Isaac).
Re. La Ravallière.
Rt. Rivet (Dom)
R. Roquefort.
Sr. Schilter.
S*. Schoepflin.
Vr. Villencour.
V. Vulcanius.


abl. ablatif. 
acc. accusatif. 
all. ou allem. allemand. 
angl. anglois. 
anglo-s. anglo-saxon. 
Baluz. de Baluze.
B. de Barbazan. 
Bibl. R. Bibliothèque du Roi. 
Cap. Capitulaires.
chap. chapitre.
col. colonne.
dat. datif.
Ex. Exemple.
fabl. fabliaux.
fém. féminin.
fl. ou flam. flamand.
f° folio.
fr. françois. 
fut. futur.
gén. génitif.
goth. gothique.
ib. ibidem.
imp. imparfait.
ind. indicatif.
inus. inusité.
lat. latin.
lat. b. latin barbare.
l. ligne.
masc. masculin.
nom. nominatif.
neut. neutre.
pág. page.
parf. parfait.
pers. personne.
plur. ou pl. pluriel.
prépos. préposition.
prés. présent.
pron. pronom.
r° recto.
S. Saint.
scand. scandinave.
serm. sermons.
sing. ou singul. singulier.
subj. subjonctif.
subst. substantif.
tom. tome.
v. vers.
v° verso.
voy. voyez.
1re. première.
3e troisième.
c.-à-d. c'est à dire.
-. omis.
 


SERMENTS
PRÊTÉS A STRASBOURG EN 842
PAR 
CHARLES-LE-CHAUVE,
LOUIS-LE-GERMANIQUE,
ET LEURS ARMÉES RESPECTIVES.
__________

Poussé par l'ambition, l'empereur Lothaire cherchoit tous les moyens de déposséder ses frères et d'accroître son autorité, lorsque Charles, roi de France, et Louis, roi de Germanie, sentirent enfin la nécessité de se liguer contre leur ennemi commun. Ils gagnèrent sur lui la célèbre bataille de Fontenay; mais, comme ils usèrent avec trop de modération de la victoire, il ne perdit pas de vue ses projets; il se disposoit encore à les attaquer. C'est alors qu'ils crurent devoir cimenter leur alliance.
Après avoir opéré leur jonction à Strasbourg (1), ils se promirent mutuellement de rester étroitement unis, et d'employer toutes leurs forces contre Lothaire : mais afin que les peuples ne doutassent pas de la sincérité de cette union, et pour avoir eux-mêmes moins de moyens de rompre leur alliance, ils résolurent de se prêter serment en présence de l'armée. D'abord chacun d'eux harangue ses soldats, leur expose ses griefs contre Lothaire, et les motifs de l'alliance qu'il va contracter; ensuite il leur déclare que si jamais, ce qui à Dieu ne plaise, il violoit sa promesse, il les absout de la foi et de l'obéissance qu'ils lui ont jurées. Ces discours finis, ils font leur serment, Louis en langue romane, pour être entendu des sujets de Charles, et Charles en langue francique pour l'être de ceux de Louis (2: Manusc. f° 13 r° ).

(1) In civitate (dit l'auteur) quae olim Argentaria vocabitur (hay una corrección, vocabatur) nunc autem Strazburg vulgo dicitur. 
Nithard et Thegan confondent Argentaria avec Argentoratum. C'est cette dernière ville (qu'on appeloit aussi Argentoratus et Argentina), qui prit ensuite le nom de Stratburg ou Stratburgum, Stratburgus, Strataburgum, Strateburgum, Strazburg, aujourd'hui Strasbourg; (N. E. Straßburg, Strassburg) composé de straz ou strasse (N. E. o Straße), voie, chemin, et de burg, ville, à cause sans doute de sa position sur la grande route d'Allemagne. Les deux frères firent leur jonction le 16 des kalendes de mars, c'est-à-dire le 14 février, et non pas le 17 mars, comme nous l'apprend M. Gley. 

… Cùmque Karolus (dit Nithard) haec eadem verba romanâ linguâ perorasset, Lodhwicus, qui major natu erat, prior haec deinde se servaturum testatus est:

TEXTE.

Pro Deo amur, et pro christian poblo et nostro commun salvament, d'ist di in avant, in quant Deus savir et podir me dunat, si salvarai-eo cist meon fradre Karlo, et in adjudha et in cadhuna cosa, si cum om, per dreit, son fradra salvar dist; in o quid il mi altresi fazet: et ab Ludher nul plaid nunquam prindrai, qui, meon vol, cist meon fradre Karle in damno sit.

(N. E. Imagen del libro de Raynouard:)

Pour de Dieu l' amour et pour du chrétien peuple et le notre commun salut, de ce jour en avant, en quant que Dieu savoir et pouvoir me donne, assurément sauverai moi ce mon frère Charles, et en aide, et en chacune chose, ainsi comme homme par droit son frère sauver doit, en cela que lui a moi pareillement fera: et avec Lothaire nul traité ne onques prendrai qui, à mon vouloir, à ce mien frère Charles en dommage soit.



TRADUCTION.

Pour l'amour de Dieu, et pour le salut du peuple chrétien et le nôtre commun : de ce jour en avant, autant que Dieu m'en donnera le savoir et le pouvoir, je défendrai mon frère Charles, que voici, et par mon aide et par tous moyens, ainsi qu'on doit, selon l'équité, défendre son frère; pourvu qu'il en fasse autant à mon égard : et je ne prendrai jamais avec Lothaire : aucun arrangement, qui, de ma volonté, puisse être dommageable à mondit frère Charles.

Quod cùm Lodhwicus (continue notre auteur) explesset, Karolus, teudiscâ (1) linguâ, sic haec eadem verba testatus est:
(1: Tudesque, théotisque, thioise, teutonique ou francique. 
Ce dernier mot est le plus précis.)

In Godes minna, ind in thes christianes folches ind unser bedhero gealtnissi, fon thesemo dage frammordes, so fram so mir Got geuuizci indi madh 
furgibit, so hald-ih tesan minan bruodher … , … soso man, mit rehtu, sinan bruher scal; in thiu thaz er mig so soma duo : indi mit Luheren in nohheiniu thing ne gegango, zhe, minan uuillon, imo ce scadhen uuerhen.

TRADUCTION:

Pour l'amour de Dieu, et pour le salut du peuple chrétien et le nôtre commun, de ce jour en avant, autant que Dieu m'en donnera le savoir et le pouvoir, je défendrai mon fière Louis, que voici, … ainsi qu'on doit, selon l'équité, défendre son frère; pourvu qu'il en fasse autant à mon égard : et je ne viendrai avec Lothaire à aucun arrangement, qui, de ma volonté, puisse lui (à mondit frère) être dommageable.

Sacramentum autem (dit-il) quod utrorumque populus, quique propriâ linguâ, testatus est romanâ linguâ sic se habet:
(N. E. Imagen del libro de Raynouard:)

Si Louis le serment, qu' à son frère Charles il jure, conserve; et Charles, mon seigneur, de sa part ne le maintient; si je détourner ne l' en puis, ni moi, ni nul que je détourner en puis, en nulle aide contre Louis ne lui irai.

Si Lodhwigs sagrament quae son fradre Karlo jurat, conservat et Karlus,
meos sendra, de suo part, non los tanit; si jo returnar non l'int pois; ne jo, 
ne neuls cui eo returnar int pois, in nulla ajudha contra Lodhuwig nun li 
iver.

Si Louis tient le serment qu'il vient de jurer à son frère Charles; que de son côté Charles, mon seigneur, ne le tienne, et que je ne puisse le détourner de cette infraction; ni moi, ni aucun de ceux que je pourrai en détourner, nous ne l'aiderons en rien contre Louis.

Teudiscâ linguâ autem:

TEXTE. 

Oba Karl then eid, then er sinemo bruodher Ludhuuuige gesuor, geleistit, 
indi Ludhuuuigmin herro, then er imo gesuor, forbrihchit; ob ih inan es iruuenden ne mag; noh ih, noh thero nohhein, then ih es iruuenden mag, uuidhar Karle imo ce follusti ne uuirdhit.

TRADUCTION.

Si Charles tient le serment qu'il vient de jurer à son frère Louis; que Louis, mon seigneur, viole celui qu'il lui a juré, et que je ne puisse l'en détourner; ni moi, ni aucun de ceux que je pourrai en détourner, nous ne l'aiderons en rien contre Charles.

Quibus peractis (ajoute Nithard), Lodhuwicus (1: Lisez Lodhwicus.), Reno tenus per Spiram, et Karolus, juxta Wasagum per Wizzunburg, Warmatiam iter direxit.

NOTES. 

SERMENT DE LOUIS.

Pro, à cause, pour, etc. Cette prépos., purement latine, s'est d'abord transformée en por, par une simple métathèse, d'où ensuite pour, telle que nous l'employons aujourd'hui:

Por Dieu vos pri, et por ses dons,
Céanz, où que soit, le muçons.
Du preudome qui avoit demi ami, v. 153. fabl. B. tom. 2.

Deo, dieu, du lat. Deus. On a dit aussi deu, dé, dié, diu; nom. deus, dex, diex, etc.

Certes ensi restat Deus as orguillous, et as humles donet sa grace.
Sermons de S. Bernard, manusc. de la Bibl. R. f°. 124. v°.

Deo ne doit pas se prononcer comme en latin l'abl. de Deus, (*deo; símbolos, no se transcriben), en deux syllabes dont la dernière seroit longue; mais au contraire d'une seule émission de voix, formant une diphthongue eo (e con virgulilla), dont la prépositive est longue, et la subjonctive très-brève et presque muette. Cette diphthongue eo a beaucoup de rapport avec l' *EV des Grecs, selon leur ancienne prononciation, ou du moins celle d'Erasme, que je regarde comme la plus probable. Nos pères prononçoient à-peu-près de la 
même manière la diphthongue eu. Cette prononciation se retrouve encore dans divers patois, notamment dans les différents dialectes de celui du Périgord, comme, par exemple, dans cette phrase, eu beu (eou beou), il boit. 
Ainsi, quant à la prononciation, deo est la même chose que deu.
Dans le passage qui nous occupe, on lit ordinairement don, au lieu de deo. Fréher, Schilter, Boecler, Eckhart, Schoepflin, Oberlin, Isaac Pontanus, Borel,  
Petit-Pas, Duclos, M. Gley, et autres, ont suivi cette mauvaise leçon; les uns, parce qu'ils n'ont jamais vu le manuscrit; les autres, n'ayant pas su le lire. 
En effet, ce mot y est écrit en abrégé au moyen de deux lettres, (do) (o con rayita encima), et un trait horizontal au-dessus; or comme ce trait est employé très-fréquemment pour indiquer la suppression de l' m ou de l' n finales, ils se sont laissé induire en erreur. Cependant ils auroient dû savoir que le trait horizontal indique en général toute espèce d'abréviations. D'ailleurs, dans le manusc. de Nithard, le mot Deus, à ses différents cas est toujours écrit avec 
deux lettres seulement, la première et la dernière. Ex. : (N. E. hay símbolos, rayitas encima de algunas letras. Consultar el original.)
Do propitio, f° 27. r°. 1re col. l. 28. - Beatae di genitricis, ib. l. 30; id., f°. 28. v°, 2e col. l. 29; id., f°. 29. r°. 2e. col. l. 3. - di, f°. 30. r°. 1re. col. l. 13. - do, f°. 6. r°. 1re. col. l. 16, etc.

Bonamy substitue deu à deo. Ce changement, contraire au manuscrit, est tout- à-fait inutile. Dupleix lit des, et Le-Brigant deus. Ces deux leçons sont inadmissibles. 
Amur, amour. On a dit aussi amor, qui est purement latin. La prononciation de ce mot amur ne me paroît pas certaine. Je crois cependant que l'u qui en fait la 
difficulté a beaucoup de rapport avec notre fausse diphthongue ou, mais qu'elle se rapproche un peu plus de l'ô circonflexe. J'en dirai autant des mots, 
dunat, cum, nunquam, returnar, et nun, qu'on trouve dans ces mêmes serments. Je n'exposerai pas ici les diverses raisons qui me déterminent; elles me meneroient trop loin.
Du Cange lit amor, et Eckhart amour. Cela est inutile, et contraire au manuscrit.
Dans cette expression, pro deo amur, 1° l'ordre analytique seroit, pro amur deo; comme dans celle-ci:

Dame, dist la vielle, laissiez,
Por amor Dieu, ne m'aresniez.
Le castoiement que li peres ensaigne à son fils, conte II, v. 86, fabl. B. tom. 2.

Ces transpositions se faisoient même souvent de plusieurs mots. Ex.: 

Beax amis, ne t'esmaie mie,
Quar, par la Dame-Diex aïe, 
Ge te deliverrai si bien,
Que tu n'i perdras nule rien.
Ib. conte 14e, v. 99. 

2° La particule de, qui, dans notre langue, exprime le gén. et indique les rapports de deux objets dont l'un tient ou appartient à l'autre, n'y est pas exprimée, non plus que dans les phrases qu'on vient de citer, dans lesquelles on voit, por amor dieu au lieu de por amor de dieu, et la dame-diex aïe, pour 
l'aïe de dame-diex, c. à d. l'aide du seigneur Dieu. On disoit de même, la mère Dieu, la mère Jesu-Crist, li sermon saint Bernart. On dit encore aujourd'hui 
l'Hôtel-Dieu, Choisy-le-Roi, etc. Cette tournure nous vient des Latins; mais la désinence leur tenoit lieu de particule : PRO AMORE DEI, ou PRO DEI AMORE.
Christian, chrétien, du latin christianus.

Poblo, peuple, du lat. populus. On a dit aussi poble, pople, etc.; en ital. popolo, et en esp. pueblo. Le premier o de poblo est long, mais non pas autant, à 
beaucoup près, que notre ô circonflexe; le second est bref, et un peu sourd.

Nostro, notre, du lat. noster. Mêmes principes de prononciation que pour le mot précédent. Ces principes ne sont point hasardés; ils ont pour base, outre les raisons d'harmonie et de mécanisme, l'analogie des différents patois méridionaux. Quoique, à la vue, nostro et poblo soient identiques avec l'ablat. des mots lat. dont ils descendent, on ne doit pas en conclure qu'ils soient formés de l'ablat.; comme ont fait quelques auteurs, par rapport aux mots françois qui sont dans le même cas. Les bornes de ce mémoire ne me permettent pas d'expliquer ici ma pensée.

Commun, commun, de l'un et de l'autre, du lat. communis. Ce mot n'a aucune difficulté.
Du Cange, Borel, et Fauchet lisent comun avec une seule m; Bodin lit commum; le manuscr. n'est point équivoque.

Salvament, salut, du lat. b. salvamentum pour salus. 
On a dit aussi salvement et sauvement. On conçoit aisément pourquoi salvament et christian n'ont pas la même terminaison que poblo et nostro. 
Non seulement ces derniers sont très-courts; mais il seroit impossible de 
faire disparoître l'o de leur désinence, sans attaquer les consonnes qui le précèdent; tandis qu'aux autres, il n'y a aucune raison de le conserver. 
C'est donc sans motif que Du Cange et dom Bouquet lisent salvamento.
Quant au texte de Fauchet, au lieu de salvament on y lit schwartz !!! J'ignore à quelle source le vénérable président est allé puiser ce mot allemand, qui signifie noir. 
(N. E. Negro en alemán, como la marca Schwarzkopf: cabeza negra, cap negre.)
Pour bien entendre cette seconde expression, pro christian poblo et nostro commun salvament, il faut se rappeler ce qui a été dit de la première, au mot amur. Il y a ici même absence de la particule de, et même inversion. Pour en faire l'analyse, on construira donc : Pro salvament de christian poblo et nostro commun, qu'on pourroit rendre en lat. par, pro salvamento christiani populi et nostro communi, ou en rétablissant l'inversion, pro christiani populi et nostro communi salvamento. Dans le serment francique, la construction est absolument la même, et, à cause de l'inflexion des mots, le sens n'en est point équivoque. (Voy. le texte, pág. --, et les not. pag.)
Oberlin est le seul, à ma connoissance, qui a entendu ce passage. Ordinairement on le traduit : pour le peuple chrétien et notre commun salut. 
Ainsi s'expriment Bonamy, Bullet, Court-de-Gébelin, MM. de Roquefort, Champollion, et autres. Schoepflin, et plusieurs savants avant lui, l'ont rendu en latin dans le même sens, pro christiano populo et nostrâ communi conservatione. Selon Fauchet, on diroit, pour l'amour de dieu et du peuple chrestien, a nostre commun sauvement. Voilà un bien mauvais début, après nous avoir annoncé qu'il tournera ces serments en langue du jourd'huy, afin de soulager ceux qui n'ont tant de cognoissance de l'antiquité. Bodin l'entend à-peu-près de même; on diroit, selon lui, pour l'amour de dieu et du peuple chrestien et de nostre salut commun. Enfin Duclos traduit, par amour de dieu et du peuple chretien (chrétien) et par notre commun salut, expression obscure, également contraire aux deux textes du serment, au génie de la langue romane, et à celui de la langue françoise.

D'ist, de ce, par élision, pour de ist. De est une prépos. qui marque le point de départ, l'origine. Les Latins l'ont employée dans le même sens. Ist, prén. (pronom) formé de ISTE. Ainsi d'ist pourroit se rendre en latin par DE ISTO, ou plus correctement AB ISTO. On doit écrire d'ist en deux mots, séparés par une apostrophe, et non pas en un seul, comme on l'a toujours fait jusqu'à présent.

Di, jour, du lat. dies. Ce mot di se trouve fréquemment employé dans nos vieux auteurs. Ex.:
Mais je voel savoir que tu sentes,
De cheux qui vont les dures sentes;
Se cil que diex bat cascun di
Seront rebatu, che me di.
Roman de charité, strophe 200. 
Il reste encore dans plusieurs mots composés, tels que midi, medius dies; dimanche, dies dominica; lundi, lunae dies, etc.

In avant, en avant. Avant est formé du lat. b. abante (devant). Ce dernier est composé de AB et de ANTE. Ces sortes de compositions étoient fréquentes, même dans la bonne latinité; comme on le voit par les expressions ABHINC, ADHUC, DEFORIS, INSUPER, etc. Souvent dans notre langue on a ajouté une seconde prépos. sans avoir égard à la première, comme dans l'adv. devant pour de avant, c.-à-d. de abante, ou ab abante.
Au lieu de in avant on a coutume de lire en avant. Cette leçon est fautive. 
In se trouve plusieurs fois répété dans ces serments, toujours sous la même forme. Dans ce premier cas le manusc. n'a rien d'équivoque. D'abord, il est vrai, le copiste avoit écrit en, suivant l'usage de son temps; mais la faute est corrigée de la même main, par la superposition d'un trait horizontal.
In est supprimé par quelques savants.
D'ist di in avant sera traduit en lat. par, de isto die in abante, ou plus correctement, ab isto die in ante. 
In quant, autant que, ou plus mot à mot, en autant d'étendue que, du lat. in quantum. Ce sont deux mots distincts qu'on ne doit pas joindre ensemble, comme ont fait Bodin, Petit-Pas, Fauchet et M. Champollion. 
Il faut prononcer in kant.
On ne doit pas rendre in quant par en tant que. Bodin, Fauchet, et Petit-Pas, ont pu s'exprimer ainsi dans leur temps; mais M. Champollion n'auroit pas dû 
les imiter. En tant que s'est fort affoibli dans notre langue actuelle, et n'est plus qu'une espèce de conjonction.

Deus, dieu. Ce mot, quoiqu'il ait une forme purement lat., doit se prononcer d'une seule émission de voix, avec diphthongue (Voy. la prononc. de eu, au mot deo, pag. 6). (N. E. Las páginas de este documento editado o su versión para web no coinciden con las del PDF de donde edito.)
Au commencement de ce serment c'étoit deo, ici c'est deus; et cela doit être; l'un est régime, l'autre sujet; le premier tient sa forme des cas obliques, et le second du nominatif. On voit que cette règle a été observée de même pour les autres mots. D'où l'on peut conclure que dans le IXe siècle on distinguoit encore, en général, deux cas, l'un pour le sujet, et l'autre pour le régime, direct ou indirect. Dans la suite, le premier, comme beaucoup moins en usage par la nature même de son emploi, disparut presque entièrement. 
Sauf quelques exceptions, nous n'avons plus aujourd'hui que le second, c.-à-d. celui qui provient de la somme des cas obliques. Cette formation de nos mots 
pourroit être le sujet d'une curieuse dissertation, et nous nous proposons d'en faire un mémoire particulier. Dans le manusc., deus est écrit en abrégé, avec la 
première et la dernière lettres, d's, et une marque d'abréviation. On a vu qu'il en étoit de même de deo. Borel a substitué don à deus sans aucun fondement. 
Schilter lit des, et Ferrarius dis. Ces diverses leçons ne sont pas moins contraires au manusc. qu'au génie de la langue.
Savir, le savoir, du lat. sapere, qui, dans le bas. Empire, a été employé pour scire. On a dit aussi saveir (o savoir) et saver:
Coment feriez-vos feste de ceu que vos ne saveriez ke fust?
ou coment lo saveriez-vos, s'om nel' vos anoncievet?
S. Bern. f°. 32. v°. manusc. de la Biblioth. R. 
Savir est pris ici comme substantif. Dans la basse lat. on disoit dans le même sens savirum, mot qui sans doute est formé de savir. (Voy. à la fin des notes du premier serment.)
Bodin lit sanir. Cette leçon, contraire au manusc., ne donne aucun sens.

Podir, le pouvoir, du lat. potere (,) inusité pour posse. L'imp. poteram, le parf. potui, etc. démontrent clairement que potere a existé, et probablement aussi potire.
Potibat, Potesse, et plusieurs formes semblables, se trouvent encore dans les anciens auteurs, tels que Térence, Lucrèce, Catulle, Ennius, et autres. 
On a dit en langue romane podir, podeir ou poeir. En patois périgourdin on dit encore poudey.
Podir est pris ici substantivement comme savir. Fréher, Schoepflin, Duclos, et Oberlin, lisent potir. C'est sans motifs. Quant à pordi (ou por di), je ne sais à quelle source Bodin est allé le puiser. Juste-Lipse lit prodir ! 

Me, me, à moi, du lat. me, qu'on employoit non seulement pour l'acc. et l'abl., mais encore pour le dat. En vieux françois, comme dans notre langue actuelle, 
me ne sert plus que pour le dat. (dans certains cas), et pour l'acc.
La prononciation de ce mot n'est ni celle du ME lat., ni celle du ME françois : elle tient le milieu entre les deux, c.-à-d. que sa voyelle est brève, et non pas 
muette. 

Dunat, donne, 3e pers. sing. ind. prés. du verbe dunar, formé du lat. DONARE, pris dans le sens de DARE. Cette terminaison at, pour la 3e pers. singul. du prés. de l'ind., se trouve plusieurs fois répétée dans ces serments. Elle est parfaitement conforme au lat. Dans la suite elle s'est changée en et, et le t a fini par disparoître. Au mot deo, j'ai cité un exemple tiré de S. Bernard, où se rencontrent les deux désinences at et et. Cette différence dans la même phrase provient de ce que restat, il résiste, il s'arrête, est un des verbes qui ont conservé le plus long-temps leur forme primitive, comme on peut s'en convaincre par plusieurs passages du même auteur. Ex.: 
S'il voit par aventure tencier aucune gent, il ne restat mies por ceu. 
F°. 121. v°. etc.
Pour la prononciation de la première syllabe de dunat, voy. Amur, pag. 7. Quant au t final, on doit le faire sentir légèrement. Il en est de même de tous 
les autres mots où il se trouve en désinence. J'en dis autant de l's, pour ne pas y revenir.

Si, ainsi, du lat. sic. En françois nous employons encore ce mot dans le même sens.

Salvarai, sauverai, défendrai, du lat. salvare, rendre ou maintenir sain et sauf. En françois sauver ne signifie plus autre chose que tirer du péril. On est sauvé ou perdu; il n'y a pas de milieu. On sauve un homme si on le peut; on l'aide et on le défend autant qu'il est possible. Ainsi dans ce passage il faut dire défendrai, et non pas sauverai, comme on a presque toujours fait.
La dernière syllabe de salvarai contient une diphthongue, dont les deux lettres, quoique prononcées d'une seule émission de voix, doivent se faire sentir 
distinctement.

Eo, je, du lat. ego, par la suppression de la consonne. C'est ainsi que de podeir s'est formé poeir, d'où notre mot pouvoir; de imperator, empereor, empereur; de facere, faïre, faire (N. E: fer; fé, facer, hacer), etc.
Eo doit se prononcer d'une seule émission de voix, mais non pas comme la diphthongue de deo. L'o est ici moins muet, et l'e beaucoup plus exigu.
Eo est évidemment la première corruption de ego, puisqu'elle est la plus simple, et qu'on la trouve dans le plus ancien monument. C'est elle qui a donné naissance à toutes les autres. D'abord jeo s'en est formé par la simple addition d'un j consonne extrêmement foible, et tel qu'il se fait entendre dans païen, voyelle, et autres mots. Je dois faire remarquer ici que la prononciation de notre j consonne, que nous appelons ji, ne doit pas remonter au-delà du XVe siècle, comme j'aurai occasion de le prouver ailleurs, et que par conséquent, dans tous les écrits antérieurs à cette époque, il faut le prononcer à-peu-près comme les Italiens. De jeo se sont formés jo et jou. jo est ensuite devenu je. Ce dernier, prononcé à la manière françoise, est notre je actuel.
Dans cette expression salvarai-eo, eo est enclitique de salvarai. On doit le joindre au mot principal par un trait d'union, comme nous faisons du pronom je, en françois, quand il se trouve après le verbe.
Dans le manusc. les deux mots se tiennent, et chaque savant les a lus et corrigés à sa façon. Selon Petit-Pas, Du Chesne, et D. Bouquet, c'est salvareio; ou salvarejo suivant Du Cange et Fauchet. Schilter a mis dans son texte salvarai eo; mais, préférant la leçon de Du Chesne, il a eu le soin d'ajouter lege salvareio. Bodin lit salverio, Bullet salvarai io, Bonamy et 
Court-de-Gébelin salvarai jo. Le savant M. de Roquefort a lu salvara jeo; c'est très-sûrement une faute de distraction. Enfin M. Champollion a cru devoir lire eu. Dans le fac-simile que M. de Roquefort a donné de ces serments, l'o de eo n'est pas parfaitement gravé; il est un peu crochu. C'est sans doute ce qui aura induit en erreur M. Champollion. Il ne doit cependant pas ignorer que dans les manusc. l'u ne se faisoit jamais de cette manière. J'omettois la singulière leçon de Ferrarius. Ce savant Italien lit salvarat, et renferme eo, avec le mot suivant, cist, entre deux virgules, salvarat, eo cist,. 
Assurément il ne s'entendoit pas. 

Cist, ce, du lat. ecciste.
Cist est cil ki les mains nos liet de nostre propre liien mismes.
S. Bernard, f°. 130. r°.
Cist laituaire c'est la sade,
La savoreuse Léocade.
Ste. Léocade, v. 1995. fabl. B. tom. 1. 
On a dit aussi cest, d'où notre pron. cet ou ce.
Fréher et Schoepflin lisent cest. Le manuscrit porte cist, qui est la vraie et ancienne forme.

Meon, mon, mien, du lat. meus. Cette forme meon (qu'on doit prononcer d'une seule émission de voix, comme nous l'avons indiqué à l'occasion de deo), est 
le cas de régime (voy. deus). Elle provient de l'accus. meum. Dans plusieurs autres mots, le cas de régime vient également de l'acc. seul. La forme de sujet de ce pronom, étoit encore au IXe siècle, meus, ou meos (qui est à-peu-près la même chose pour la prononciation). Cette dernière se trouve dans le serment du peuple. Au lieu de meus ou meos, on a dit ensuite mes, qu'on rencontre fréquemment dans nos vieux auteurs, et qui reste encore dans le mot françois messire.

Fradre, frère, du lat. frater. Les Auvergnats disent frayre (la e con una “u” encima). L'e final de fradre n'est pas muet, comme il le seroit en françois; il est seulement bref. C'est ainsi qu'il se prononce toujours à la fin des mots.
Schoepflin et Oberlin lisent fradra. Ici cette leçon est contraire au manusc. : elle se trouve, il est vrai, quelques lignes plus bas, sans qu'on puisse alléguer 
aucun motif de cette différence. Sans doute les deux savants qu'on vient de citer se sont déterminés à faire ce changement, croyant que la désinence a pouvoit être la marque de l'accusatif; mais c'est une erreur.
En supposant vraies les deux formes, elles ne sont que des variations de même valeur, et doivent être employées indistinctement pour tous les cas, même le 
nominatif, comme le prouve le mot sendra, dans le serment du peuple.
En passant du latin dans la langue romane, le mot frater n'étoit pas susceptible de conserver une désinence distincte pour le cas du sujet : sa terminaison 
s'y opposoit. Sa seule forme étoit donc naturellement fradre. Mais comme les voyelles finales étoient brèves, elles avoient ensemble beaucoup de rapport, et on pouvoit les confondre; sur-tout dans une langue encore peu assujettie aux règles, et où chacun s'exprimoit, pour ainsi dire, à sa volonté. Il en résultoit 
même une espèce de variété, qui pouvoit être agréable à nos pères; et, en effet, dans tous nos vieux auteurs, le même mot se trouve souvent sous deux ou trois formes dans la même phrase, soit pour la rime, soit sans aucun motif.
Plusieurs causes ont concouru à cette variation, à cette flexibilité des mots de la langue romane. Mais les exposer ici, ce seroit sortir de mon sujet.

Karlo, Charles, nom propre. Les Latins disoient Karolus. Ce mot, dérivé du teuton kerl, signifie fort. (Voy. mon Traité des Noms (1: Il n'est pas encore achevé.)).
Le cas de sujet est Karlus, comme on le trouve dans le serment du peuple, et le cas de régime Karlo ou Karle. Il y a ici variété de formes, comme dans fradre.
Schilter lit Karolo, Bodin Karle, et Fauchet Carlo par un c. Toutes ces leçons sont contraires au manuscrit.
Cist meon fradre Karlo signifie proprement, ce mien frère Charles; mais, comme ce tour n'est pas françois, j'ai dû dire, mon frère Charles, que voici.
 
Adjudha, aide, du lat. b. adjuda, aide, secours, formé de adjutum, supin de adjuvo. On a dit aussi ajudha, ajude, ajue, aide, et même aie. Ex.:
Lonc pont ne puet passer nul (1) ame, (1) Lisez nulle.
S'il n'a l'aïe (2) nostre dame. (2) Lisez s'elle n'a l'aie.
Ste. Léocade, par G. de Coinsi, v. 509, fabl. B. tom. 1.

Cadhuna, chacune, chaque, du lat. b. quot-una, et non de quaeque-una, comme le prétend Bonamy. Cascuns et cadhuns n'ont pas la même origine; l'un vient de quisque-unus, et l'autre de quot-unus. Le changement de quot en cadh n'a rien de forcé. Dans notre ancien langage qu et c se mettoient l'un pour l'autre, selon la volonté du copiste; et dans toutes les langues il se trouve des mots où la voyelle o a été remplacée par la voyelle a. C'est ainsi que de *griego vient arrugia; de *gr, aratrum; de *gr, lavo; de *gr, pasco; de locusta, langouste; de domina, dame; de dominus, dam; etc. Quant à la lettre h, elle 
s'intercaloit dans une foule de mots, tels que jhesus et autres, dans lesquels alors on faisoit sentir une espèce d'aspiration. Au lieu de ciascuno, anciennement les Italiens disoient catuno, catauno, caduno, et cadauno. 
En espagnol, c'est cad uno. (cada uno, cada una) 
Bodin lit cad una. Cette leçon est contraire au manuscrit.

Cosa, chose, du lat. causa, qui quelquefois se prenoit dans le sens de res ou negotium. De cosa s'est formé cose, que nos pères ont employé long- temps; et de ce dernier vient le mot chose, que nous avons encore.
Bodin lit causa; c'est sans aucun fondement.
Cette expression incidente, et in adjudha et in cadhuna cosa, est obscure; j'y reviendrai après le mot dist.
Cum, que, comme, du lat. cum, qui signifie souvent la même chose. On a dit aussi com, d'où notre mot actuel comme. Ex.:
Li borjois traient d'une part,
Com cil qui ére (1) de mal art, (1) Lisez érent. 
Et porvirent la trahison,
A engigner lor compaignon.
Le Castoiement, conte 17, v. 23, fabl. B. tom. 2.
Si cum signifiera donc, ainsi que, ainsi comme, en lat. sic-ut. Ex.: 
Et li baus hom, dont je vous di,
Estoit, si com je l'entendi,
Trop biaus de cors et de visage,
Riche d'avoir et de lignage.
Le Chevalier au barizel, v. II, fabl. B. tom. 1.
Bodin, Fauchet, Petit-Pas, Bullet, et autres, lisent si com, orthographe contraire au manusc., et même à l'âge de ces serments. D. Bouquet met un accent grave sur cùm; on ne doit pas l'imiter. M. Champollion a cru devoir lire sic un. Cette leçon est la preuve évidente que M. Champollion n'avoit encore rien lu de 
notre vieux langage, lorsqu'il a voulu nous en expliquer le premier monument.
Pour la prononciation de cum, voy. amur, p. 7.

Om, on, formé de homo (qui, dans la basse latinité, a eu le même sens).
Cist est cil ki les mains nos liet de nostre propre liien mismes et ki de nostre baston mismes nos bat, si cum om suelt dire.
S. Bernard, manusc. de la Bibl. du Roi, f°. 130. r°.

On a dit aussi hom, hon, hons, en, etc.
Contre l'autorité du manuscrit, Fréher, Oberlin, Schoepflin, Fauchet, Petit-Pas, Duclos, et autres, lisent hom. Ce changement est tout-à-fait inutile.
Om répond parfaitement à notre pron. indéfini on; l'un vient de l'autre; on doit traduire l'un par l'autre. Ainsi l'expression si cum om sera très-bien rendue par 
ainsi qu'on, ou comme on. Duclos, M. Champollion, et autres, ont dit, comme un homme; Bonamy, M. de Roquefort et ALII, ainsi qu' un homme. 
Ces expressions ne sont pas exactes, et le tout comme un homme d'Oberlin l'  est encore moins.

Per, par, selon. Ce mot est purement lat. Nos pères l'ont employé long- temps sans aucune altération; il s'est ensuite transformé en par.
Bodin, et Du Cange (en marge), lisent por. Cette leçon est également contraire au manusc. et au génie de notre vieux françois.

Dreit, droite justice, équité, du lat. b. drictum, pour directum, participe neut. pris substantivement.
Ce mot dreit doit se prononcer d'une seule émission de voix, mais avec diphthongue.
Isaac Pontanus et Borel lisent dreiti, Oberlin dreist, et Fauchet droit. 
Non seulement ces trois leçons sont contraires an manusc.; mais les deux premières le sont encore à la formation de la langue romane, et la troisième à l'antiquité de ces serments.
L'expression per dreit est très-bien rendue, je crois, par selon l'équité. Il est de l'équité qu'un frère défende son frère. On traduit ordinairement, par droit ou par justice; cela est obscur. Oberlin dit, de droit; c'est un contre-sens.

Son, son, sien, du lat. SUUS. C'est la forme du cas de régime : elle provient de l'acc. SUUM. Le cas de sujet étoit sus, qui s'est ensuite transformé en ses. 
Ce dernier mot a subsisté long-temps : on disoit ses hom, ses baron, pour son homme et son mari.
Son ne doit pas se prononcer entièrement comme en françois; l'o est un peu plus long, et l'n se fait sentir davantage.

Fradra, frère, est la même chose que fradre, (Voyez ce mot.)
Bodin, Du Cange, D. Rivet, D. Bouquet, Bullet, Bonamy, Court-de-Gébelin, et autres, lisent fradre. Cette leçon, contraire au manusc., est inutile, puisque 
fradre et fradra sont la même chose. Borel lit frada!

L'a final doit se faire sentir sourdement dans fradra, ainsi que dans tout autre mot.

Salvar, sauver, défendre, du lat. salvare. (V. Salvarai, pag. 15.)

Dist, doit, du lat. debet. Je ne conçois pas comment ce mot a pu arrêter les savants: non seulement il se retrouve dans nos vieux auteurs, mais son étymologie est facile et sa filiation régulière. C'est donc sans aucune espèce de raison que Du Cange et autres ont cru qu'il falloit lire dust.
Nous n'avons point de conjugaison qui nous soit propre. En général, chaque verbe lat. a passé, avec tous ses temps, dans le roman, et, par suite, dans notre langue actuelle. Ainsi c'est dans debet, et non dans devoir, que nous devons chercher dist et doit.
En passant du lat. dans la langue romane, les mots ont souffert des altérations successives, soit par la suppression des consonnes, soit par celle des voyelles,
ou de toute autre manière quelconque. Ainsi debet est devenu devet, par un simple adoucissement de prononciation, comme nous avons vu sapere transformé en savir, et potere en podir. De l'affoiblissement de la consonne à sa disparition entière, il n'y a qu'une légère distance : devet s'est transformé en deet, comme podir en poïr, et veder (du latin videre) en veer.
Deux e se contractant en ei, deet est devenu deit, comme veer est devenu veir, etc. Et comme, dans la langue romane, la diphthongue ei, lorsqu'elle se trouve la dernière syllabe d'un mot, est remplacée presque indifféremment par la lettre i, dit est la même chose que deit. On a de même saveir ou savir, podeir ou podir, etc.

Il y a en latin un bon nombre de mots qui ont un c à leur pénultième syllabe. Ex.: dicere, facere, pallescere, putrescere, jacere, placere, licere, etc.
En passant dans la langue romane, leur 3e pers. dicit, facit, pallescit, etc. a perdu sa dernière voyelle. Il en est résulté dist, fast, pallist, etc.; car la suppression de l'e ou de l'i se faisant par la prononciation, le c conservoit le son de l's, qu'il avoit devant la voyelle.
Par ignorance, sans doute, on a ensuite étendu l'usage de cette terminaison st à beaucoup d'autres verbes qui n'étoient pas dans le même cas que ceux qu'on 
vient de citer.
Quoi qu'il en soit, la 3e pers. sing. du prés. de l'ind. des verbes en ir, et de plusieurs autres, se terminoit anciennement par t ou par st, presque indifféremment.
On disoit : Nourrit ou nourrist, nutrit; dit ou dist, dicit; git ou gist, jacet; escrit ou escrist, scribit; list, licet, etc. 
Mes maus ki est tournés à plane
Dont cascuns dist que nus ne sane.
Congié de Baude Fastoul d'Arras v. 169, fabl. B. tom. 1.
Comment mes cuers pour lui noircist.
Ib. v. 521.
Tant grate chèvre, que mal gist;
Tant va le pot à l'eau, qu'il brise;
Tant chauffe-on le fer, qu'il rougist;
Tant le maille-on, qu'il se débrise.
…...
Tant ayme-on chien, qu'on le nourrist;
Tant court chanson, qu'elle est apprise;
Tant garde-on fruict, qu'il se pourrist;
Tant bat-on place, qu'elle est prise.
Villon, pag. 102. 

Ainsi dist, formé de debet, est parfaitement régulier. On auroit pu dire aussi dit, deit ou deist.
Dist s'est changé en doist ou doit. Loist, il est permis, s'est également formé de list; et, dans un très-grand nombre de mots, la diphthongue oi a remplacé 
la voyelle i. En voici encore quelques exemples : François, de Franciscus; poix, de pix; poisson, de piscis; doigt, de digitus; moi, de mi, lat. mihi; toi, de ti, 
lat. tibi, etc. 
Je reprends la phrase entière, d'ist di in avant, in quant Deus savir et podir me dunat, si salvarai-eo cist meon fradre Karlo, et in adjudha et in cadhuna cosa, si cum om per dreit son fradra salvar dist.
Quoique au prés. de l'ind. ou du subj., dunat doit se rendre par le futur. 
Selon le génie de notre langue, le futur salvarai l'exige. On ne peut pas dire, autant que Dieu me le permet, je ferai telle chose; mais, je ferai telle chose, autant que Dieu me le permettra.
La construction des verbes n'est pas toujours la même dans les deux langues.
L'adverbe si, qui précède salvarai-eo, répond à si cum, qui se trouve plus bas. Il fait sentir d'avance la comparaison qui doit suivre. 
Si … si cum, ainsi ... ainsi que, se rendroit en latin par sic … sicut.
Et in adjudha et in cadhuna cosa est une expression embarrassante; et, comme malheureusement elle ne se trouve pas dans le serment francique, dont le copiste a sans doute passé une ligne, on n'a aucun point de comparaison.
Il y a trois manières de l'entendre; ou plutôt de l'analyser; car il ne se présente que deux sens différents.
La plus simple, au premier abord, est de supposer une faute de copiste, et de lire er ou ero (je serai), au lieu de et, après adjudha. On diroit alors : ainsi 
défendrai-je ce mien frère Charles, et en aide serai en chacune chose, ainsi qu'on doit, selon l'équité, défendre son frère; ce qui revient à, je défendrai 
mon frère Charles, que voici, et l'aiderai en toutes choses, ainsi que, selon l'équité, on le doit à son frère.
Cette première manière a de graves inconvénients.
1° On part d'une supposition; on fait un changement dans le texte; chose qu'il faut éviter.
2° Après adjudha il manqueroit li (à lui) dat. du pronom il; car non seulement il y auroit deux membres de phrase distincts, mais encore le régime de in 
adjudha ero ne sauroit être le même que celui de salvarai : l'un est dat. et l'autre acc., comme en françois, Je défendrai mon frère, et lui aiderai.
3° Salvar, qui est répété après fradra, seroit de trop. On dit en françois : Je défendrai mon frère, et lui aiderai, ainsi qu'on le doit à son frère; ou Je 
défendrai mon frère, et lui aiderai, comme il convient de défendre son frère et de lui aider; mais on ne dit pas : Je défendrai mon frère, et lui aiderai, comme il convient de défendre son frère. Dans la langue romane il en est de même.
Ainsi la phrase, pour être expliquée de cette manière, devroit être construite comme il suit: 
si salvarai-eo cist meon fradre Karlo, et in adjudha li ero in cadhuna cosa, si cum om per dreit son fradra dist.
Je n'ignore pas qu'à la rigueur chacune des difficultés que je viens d'exposer pourroit, si elle étoit seule, se défendre; mais, toutes réunies, elles me présentent un tel faisceau d'oppositions, que je renonce entièrement à cette explication.
La seconde manière offre le même sens, et n'est pas entravée des mêmes difficultés. Et in adjudha et in cadhuna cosa, restant phrase incidente, on traduit : je défendrai ce mien frère Charles, et en aide et en chacune chose, ainsi qu'on doit, selon l'équité, défendre son frère, ce qui revient à : 
je défendrai mon frère Charles, que voici, et par mon aide et dans toutes les occasions, ainsi qu'on doit, selon l'équité, défendre son frère.
Mais deux nouvelles difficultés se présentent.
1° La conjonction et nuit à la netteté de la phrase: elle est deux fois répétée; elle devroit être supprimée entièrement. On auroit alors: si salvarai-eo cist meon fradre Karlo, in adjudha in cadhuna cosa, qu'on traduiroit par, je défendrai ce mien frère Charles en aide en chacune chose, ce qui revient à : je défendrai mon frère Charles, que voici, par mon aide en toute occasion.
On dit en françois : Je le défendrai et par mes actions et par mes paroles; mais on ne dit pas: Je le défendrai et par mes paroles et dans toutes les occasions; c'est-à-dire que deux membres de phrase ne peuvent être joints par la copulative, que lorsqu'ils sont de même nature. Si le premier exprime une action, le second doit exprimer une action; si l'un exprime une position, l'autre doit exprimer une position; et il en est de même dans toutes les langues. 
Or in adjudha exprimant une action, et in cadhuna cosa une position, les deux membres de la phrase ne sont pas de même nature, et vont mal ensemble.
2° La préposition in se trouveroit employée dans une seule et même expression sous deux sens différents, par et dans, ce qui est peu conforme au mécanisme du langage.
Ainsi cette seconde explication ne satisfait pas du tout.
La troisième consiste à prendre cosa dans le sens de moyen, manière. 
On diroit alors : je défendrai mon frère Charles, que voici, et par aide et par 
chacun moyen, c.-à-d. et en lui prêtant aide ou secours, et par tout moyen quelconque.
La seule difficulté de cette dernière explication tombe sur le mot cosa, qui est pris ici dans un sens peu commun; mais c'est un mot vague que nos pères employoient à tout.
C'est donc, je crois, de cette manière qu'il faut entendre la phrase; et alors on dira : je défendrai mon frère Charles, que voici, et par mon aide, et par toutes choses, ainsi qu'on doit, selon l'équité, défendre son frère; ce qui revient à : 
je défendrai mon frère Charles, que voici, et par mon aide, et par tous moyens, ainsi qu'on doit, selon l'équité, défendre son frère.
On diroit en latin : defendam hunc meum fratrem Karolum, et auxilio et quacumque re (ou quocumque modo) id fieri possit, ut … etc. (Voy. le serment de 860, pag. 42.)
Celui qui a le mieux entendu ce passage est le célèbre Eckhart. Il a très-bien rendu in cadhuna cosa; mais il traduit in adjudha par in auxiliis mittendis. 
Pourquoi restreindre le sens de adjudha? pourquoi mittendis? Les deux frères ne peuvent-ils s'entr'aider qu'en s'envoyant des secours de troupes?
Quant aux autres savants, chacun d'eux a traduit cette phrase à sa manière. La plupart ont admis le changement de et en ero; quelques uns ont suivi la 
seconde explication; plusieurs ont rendu des mots par des mots, et ne se sont pas entendus eux-mêmes. Parmi ces derniers sont des noms célèbres.
En parlant de chaque mot, j'ai indiqué les diverses leçons suivies par les savants; mais je ne dois pas omettre ici que Borel, l'un de ceux qui ont traité le 
plus mal ces serments, a fait deux suppressions. Voici comment il lit: si salvarai eo cist meon fradre Karlo in adjudha et in cadhuna cosa si cum per dreiti son frada salvar dist. Isaac Pontanus avoit lu de même.
Om étant supprimé, la phrase n'a plus de sens.

O, ce, du lat. IS. On a dit aussi eo; et même cette dernière forme est antérieure à l'autre : elle descend directement des cas obliques du pronom lat. O ou eo est le cas de régime; celui de sujet devoit être is.

Quid, que. Ce mot, purement lat., est employé dans le sens de quod. Il faut prononcer kid.

In o quid signifie proprement, en ce que, en cela que, sous cette condition que, pourvu que. On disoit en lat. in eo quod. On trouve fréquemment cette expression dans les capitulaires de nos rois. Ce mot quid est encore un vestige du genre neutre.

Il, il, lui, du lat. ille. Ce mot, le même qu'en françois, n'a aucune difficulté.

Mi, à moi. Ce mot est formé de mihi, dat. de ego, ou plutôt c'est un mot purement latin; car on disoit MI pour MIHI. Le pron. ego a passé dans la langue romane avec trois cas différents, eo, mi et me. (Voy. pag. 14 et 15).
Le premier étoit nom., le second dat. et gén., le troisième dat. et acc. 
Quant à l'abl., on l'exprimoit par le second cas, avec une prép. 
Les dix premières formes, ainsi que leur emploi, ont beaucoup varié dans la suite.

Altresi, autant. Ce mot est composé de altre et de si.
Altre vient de alter; si, de sic. Altresi, alterum-sic, est la même chose que altretant, alterum-tantum. Le premier signifie mot à mot, autre chose ainsi, autre chose comme cela; le second, autre chose telle, autre chose si grande; ce qui revient, pour les deux, à semblablement, autant.
Altresi doit s'écrire en un seul mot; mais l's ne doit pas prendre le son du z. 
On disoit aussi altressi avec deux s, pour mieux rendre la prononciation; on a dit encore, mais plus tard, aultresi autresi, aultressi, et autressi. Ex.:
Le moine dedenz le sac met,
Et du covrir molt s'entremet,
Autresi comme il fut devant,
O le bacon s'envait corant.
Le Segretain, v. 563, fabl. B. tom. 1. 

Fazet, fasse (qu'il) du lat. faciat. C'est la 3e pers. sing. du subj. prés. du verbe fare, faire. De faciat s'est formé faciet, par analogie des verbes de la 1re conjugaison: de celui-ci, facet; d'où notre mot face, que nous écrivons abusivement par deux s, fasse. Dans les Xe, XIe et XIIe siècles, on remplaçoit ordinairement le c par le z. On disoit fazon pour façon, anzois pour ançois, etc. On disoit de même fazet pour facet. Il est donc possible qu'un copiste du Xe siècle, habitué au langage de son temps, ait changé facet en fazet. Ces altérations de copistes étoient fréquentes : on peut en voir un autre exemple, dans le serment du peuple, au mot ajudha. Peut-être cependant dès le IXe siècle changeoit-on le c en z; ainsi il est inutile de faire aucun changement au mot fazet. Bonamy croit qu'il vient de faceret; il est dans l'erreur.
In o quid il mi altresi fazet signifie proprement, en ce qu'il fasse à moi autant, c.-à-d. pourvu qu'il en fasse autant à mon égard.
Personne, à ma connoissance, excepté Bonamy et Court-de-Gébelin, n'a lu ce passage correctement.
Ferrarius et Petit-Pas joignent ensemble les trois mots dist (qui fait partie de la phrase précédente), in et o.
Suivant le premier, on diroit : distino, quid il mi altre si fazer. On auroit, selon l'autre, distino quid il un altre si faret. Rien de plus barbare! Fauchet laisse dist à sa place; du reste il lit, comme Petit-Pas, ino quid il un altre si faret. 
On a selon Bodin, ino qui id un altre si faret; suivant Eckhart, ino quid il imi altresi faret. Schoepflin et le savant Oberlin ont lu, ino quid il imi altre si faret. Fréher et Duclos, ino quid il mi altre si faret. Schilter et Isaac Pontanus, ino quid il mi altre si fazet. D. Rivet, in o qui il mi altre si fazet. La Platière, in o quid in mi altre si fazet. Borel et P. Pithou lisent, ino quid il mi altresi fazet. 
Du Cange, D. Bouquet, Bullet, MM. de Roquefort et Gley, in o quid il mi altre si 
fazet. Enfin, pour faire du nouveau, M. Champollion a cru devoir lire moquid il nun altresi fazet.
Toutes ces leçons sont également contraires au génie de la langue romane et au texte du manusc. Il n'en est qu'une seule qu'on ait pu suivre avec une apparence de raison, c'est altre si fazet. En effet, altresi est composé de deux mots, altre et si. Dans le principe, ils ont dû s'écrire séparément : donc, à la rigueur, on a pu croire qu'il devoit encore en être de même au IXe siècle. D'ailleurs dans le manusc. altre finit une ligne, et si commence l'autre : 
rien n'indique donc qu'il faille joindre ces deux mots. On doit répondre à cela, 1° que, dans tous les monuments qui nous restent en vieux langage, altresi est toujours écrit sans aucune séparation: 2° qu'en séparant si de altre, on le rend 
indépendant de ce mot; qu'il devient lui-même un adverbe; et qu'alors, se construisant naturellement avec le verbe, altre reste seul, et ne signifie plus rien : 3° que les deux parties ne sont séparées dans le manuscrit, que parce qu'on n'a pas pu les mettre dans la même ligne, et qu'alors on se servoit rarement du trait d'union.
Quant aux changements qu'a faits M. Champollion, rien n'est plus mal-adroit. Mo quid est sans doute une expression de sa province : elle étoit ici fort inutile, et tout-à-fait contraire au manusc.; mais, puisqu'il vouloit l'introduire, il auroit dû au moins l'écrire correctement, c.-à-d. en faire deux mots. On dit en patois 
périgourdin mâ que, et en françois du XVIe siècle mais que; ainsi l'origine de cette expression n'a rien d'obscur ni d'équivoque, et l'orthographe n'en est point incertaine. La transformation de mi en nun est encore pire; avec elle, la phrase n'a plus de sens.
On avoit lu si diversement et tellement corrompu la phrase, in o quid il mi altresi fazet, qu'on a dû aussi la rendre diversement. En effet, Fauchet et Bodin traduisent, et non comme un autre le feroit. Petit-Pas, et non comme un autre se feroit. Duclos, en ce qu'il feroit autant pour moi. Bonamy, en tout ce qu'il feroit de la même manière pour moi, etc. De ces traductions, la première est un contre-sens complet; la seconde ne signifie rien; les autres sont plus ou moins foibles et incorrectes.

Ab, de, préposition. On a dit aussi à. L'une et l'autre forme sont purement latines. Dans notre vieux langage, la dernière est celle qu'on retrouve le plus fréquemment. On ne doit pas la confondre avec à, dérivé de AD, quoique matériellement elle lui soit parfaitement semblable. Ainsi en langue romane, comme dans notre langue actuelle, la préposition à a deux origines bien distinctes, AB et AD. Dans les expressions peindre à l'huile, assommer à coups de bâton, à vient de AB. Il vient de AD, lorsqu'on dit, aller à Rome, donner à Pierre, c'est fait à peindre, etc.
De la jonction de AB et de CUM s'est formé avec. On a dit ABCUM, comme ABANTE, INSUPER, DEFORIS, etc. (Voy. avant, pag. II.) 
En passant du latin dans la langue romane, les mots en um, dès qu'ils 
n'étoient pas monosyllabes, ont changé leur terminaison en o ou en e. 
Ainsi ABCUM s'est transformé naturellement en abque. Et, comme il est difficile de prononcer ce mot sans faire sentir un e bref entre les deux consonnes, il en est résulté abeque ou aveque, avec, de même que de subgrunda est venu sévéronde. Je ne conçois pas que ce mot ait pu arrêter le savant Ménage.
On a toujours traduit ab par avec. Je crois que c'est une erreur. J'y reviendrai après le mot prindrai.

Ludher, Lothaire, nom propre. On disoit en latin Lotharius, Leutharius, etc. 
Ce mot francique est composé de leut, peuple, et de herr, maître, seigneur,
chef. Il répond à Archidamus. (Voy. mon Traité des Noms.)
(N. E. En alemán actual, Leute : genteHerr Quintanilla: señor. Martin Luther : Lutero.)
Plusieurs savants ont cru que ab et Ludher ne devoient faire qu'un seul mot, abludher, qui pouvoit signifier à lui oui avec lui. Fauchet, Bodin, Petit-Pas, Pithou, D. Rivet, D. Bouquet, et autres, ont suivi cette leçon bizarre. 
Quant à Borel, pour mieux défigurer la phrase, il écrit abladher.

Nul, nul, du lat. nullus. Ce mot n'a aucune difficulté; c'est le cas de régime du masculin. Le cas de sujet est nuls. Dans la suite, l'orthographe de ce mot a beaucoup varié.

Plaid, traité, accommodement, du lat. placitum, par la suppression du c, et l'adoucissement de la dentale. Ce mot plaid s'est écrit de plusieurs manières, et a un très-grand nombre de significations, qui toutes ont rapport à l'action de discuter. Le mot thing, dans le serment francique, est parfaitement analogue.
On doit prononcer plaid d'une seule émission de voix, mais faire sentir distinctement les deux lettres de la diphthongue.

Nunquam, ne ... jamais. Ce mot est purement latin. 
Pour la prononciation de la première syllabe de nunquam, voy. Amur, (pag. 7). On peut exprimer celle de la seconde par kan. (N. E. Español, nunca.)
Du Chesne, D. Bouquet, M. de Roquefort, et autres, écrivent numquam. L'abréviation de ce mot, dans le manusc., en rendant l'orthographe incertaine, je crois qu'il faut adopter la plus simple.

Prindrai, je prendrai, fut. de prindre (du lat. prehendere). Ce mot prindrai peut être formé du fut. second prehendero. On remarquera en passant que le premier fut., tant en françois qu'en langue romane, est toujours formé du second fut. des verbes latins; si mieux on n'aime le regarder comme composé de l'infinitif actif et du verbe habeo. On pourroit en dire autant de l'italien, de 
l'espagnol, et de tous nos patois.
Bullet a lu prindray. Cette leçon est contraire au manusc. et à l'antiquité de ces serments. Frickius lit prindra; c'est encore pire.
Ab Ludher nul plaid nunquam prindrai, signifie mot à mot, de Lothaire nul accommodement ne prendrai jamais, c.-à-d., je ne prendrai jamais avec 
Lothaire aucun arrangement.
Dans ce passage, on a toujours cru que AB signifioit avec; je pense que, mot à mot, on doit le rendre par DE, qui est sa signification ordinaire. Au reste, cela revient au même, et le premier sens pourroit se défendre par les nombreux rapports que de et avec eurent toujours ensemble. C'est ainsi qu'en latin on se servoit souvent indifféremment de A ou de CUM; comme on peut s'en convaincre par les expressions a prima luce, ou cum prima luce, et autres semblables.
On pourroit aussi objecter, mais vainement, que le mot avec se trouve dans le serment francique; la construction de cette phrase y est entièrement différente: Avec Lothaire, y est-il dit, je ne viendrai à aucun accommodement : Mit Luheren in nohheiniu thing ne gegango.
Ceux qui ont cru que ab Ludher signifioit avec lui, ont pu croire que plaid devoit ici se rendre par querelle. Aussi traduisent-ils, et à luy n'auray querelle ! 
J'y reviendrai après sit, qui est le dernier mot du serment.

Qui, qui, lequel. Ce mot est purement latin. On doit prononcer ki, comme nos pères l'écrivoient souvent. C'est le cas de sujet, tant du sing. que du plur. masc. Le cas de régime pour les deux nombres est cui. Au IXe siècle, ce pronom qui conservoit encore le genre neutre : quid, pour le cas de sujet et l'acc. singuliers; quae, pour le cas de sujet et l'acc. pluriels. (Voy. quid, pag. 29, et quae, dans le serment du peuple.) Dans la suite, cette dernière forme, quae ou que, a entièrement perdu sa valeur de cas de sujet, ne conservant que celle d'acc., qu'elle avoit usurpée dans les deux autres genres et dans les deux nombres. Ce changement de valeur a dû commencer a s'opérer dans le Xe siècle, époque de l'entière disparition du genre neutre. C'est même à cette disparition qu'il faut l'attribuer. Depuis le XIIIe siècle, l'emploi de que est toujours resté le même; et nous disons encore, l'homme que je vois, la femme que je vois; les hommes que je vois, les femmes que je vois.
Fauchet, Petit-Pas et Leibnitz ont lu que. Cette mauvaise leçon est contraire au manuscrit.

Vol, vouloir, volonté. En passant dans la langue romane, l'infinitif velle s'est transformé en volle ou vole, par analogie de volo, volui, voluissem, etc.
Vole s'est pris comme subst.; il s'est ensuite changé en vol, par la suppresion de sa voyelle finale. Ainsi vol, volonté, provient d'un infin. pris substantivement. Comme verbe, vole s'est changé, par analogie, en voleir; d'où notre mot vouloir. Par sa nature, le mot vol n'étoit pas susceptible d'avoir deux cas distincts; aussi n'a-t-il qu'une seule forme pour le sujet et le régime.
Meon vol signifie proprement, de ma volonté, par ma volonté; meâ voluntate, secundùm voluntatem meam. Les deux mots sont au cas de régime, et chacun d'eux est censé à l'ablatif. Les Latins avoient des désinences distinctes qui leur tenoient lieu de prépos. : ils pouvoient donc sous-entendre ces dernières; et 
comme non seulement nos mots, mais encore nos expressions furent d'abord calquées sur les leurs, de même qu'ils disoient meâ voluntate, au lieu de à meâ voluntate ou è meâ voluntate; ainsi nos pères, sans avoir la même ressource, ont dit, meon vol, pour à meon vol ou de meon vol. Rien de plus fréquent, dans nos vieux auteurs, que ces ablatifs sans prépositions. Ex.:
Et la rue du Vin-le-Roy,
Dieu grace, où n'a point de desroy.
Le dit des rues de Paris, v. 388, fabl. B. tom. 2.
Ne la rue n'oubli-ge pas
Symon-le-Franc. Mon petit pas,
Alai vers la porte du temple.
Ib. v. 423. 
Cist meon fradre Karle, à ce mien frère Charles, eccisti meo fratri Karolo. 
Tous les mots de cette expression ont été analysés. Il faut observer seulement 
que Karle offre une nouvelle forme, une variété de Karlo. Ainsi le cas de sujet seroit Karlus, et celui de régime, Karlo ou Karle. Au reste, Karle vient de Karlo, et par conséquent lui est postérieur : peut-être même cette forme s'est-elle introduite ici dans le Xe siècle seulement.
Quant à l'absence de la prépos. à (dérivée de ad), devant le cas d'attribution, on en retrouve de fréquents exemples jusque dans les écrits du XIIIe siècle. Ex.:
Celui qui se velt commander,
N'ose enemis riens demander.
Ste. Léocade, v. 2169, fabl. B. t. 1.
Plusieurs savants ont cru que cist faisoit partie du mot précédent, vol. 
En conséquence ils ont lu : Meon, volcist meon fradre Karle. Fauchet, Dupleix et Le-Gendre ont suivi cette mauvaise leçon. Fauchet lit, en outre, Carle au lieu de Karle. Au lieu de cist, Isaac Pontanus et Pithou lisent eist; Ferrarius eiss, et Borel dist. Schoepflin et Oberlin suppriment le mot Karle.

Damno, dommage, du lat. damnum. Damno est ici en régime; mais il seroit le même au cas de sujet; car les mots formés des neutres en um ne pouvoient avoir qu'une seule désinence. L'o de la terminaison n'a pu disparoître ici, à cause des deux consonnes qui le précèdent : en supprimant la dernière, nos pères ont dit dam, quelques siècles plus tard.

Sit, soit. Ce mot est purement lat. Dans le Specimen que M. de Roquefort a donné de ces serments, l's est coupée à la manière d'une f; ce qui pourroit induire en erreur. Le manusc. n'est point équivoque.
Et ab Ludher nul plaid nunquam prindrai, etc. signifie donc mot à mot, et de Lothaire nul accord jamais je ne prendrai, qui, de ma volonté, soit en 
dommage à ce mien frère Charles, qu'on peut rendre par, et avec Lothaire je ne prendrai jamais aucun arrangement, qui, de ma volonté, puisse être dommageable à mon frère Charles, que voici, ou à mondit frère Charles.
Cette phrase a été souvent mal entendue. Bodin traduit, et à luy n'auray querelle que de mon vouloir soit, si mon frère Charles ne me fait tort. 
Petit-Pas suit le même sens. Selon Fauchet, on diroit : et à luy nul plaid onques je ne prendray, que de mon vouloir soit : à ce mien frère, ne que Charles en dommage soit. En s'exprimant ainsi, il est certain que le savant président ne s'entendoit pas lui-même. On peut en dire autant des deux autres, quoique leurs expressions aient quelque chose de moins obscur.
Dans l'analyse qui vient d'être faite des mots et des phrases de ce serment, je n'ai rien pu dire de la ponctuation. Je dois faire observer ici, qu'elle est extrêmement fautive, dans presque tous les textes que j'ai parcourus, et qu'il en est de même pour le serment de l'armée.
Voici maintenant quelques extraits de différents serments en basse latinité. 
Ils sont tirés des Capitulaires de nos rois de la seconde race. Leur comparaison avec le monument qui nous occupe n'est pas sans utilité.

Formule du serment que Charlemagne exigeoit de ses peuples. (Cap. Baluz., tom. 1er, pag. 377.)

Sacramentalè qualiter promitto ego quòd, ab isto die in antea, fidelis sum domno Karolo … pura mente, absque fraude et malo ingenio, de meâ parte ad suam partem … sicut, per drictum, debet esse homo domino suo. Si me adjuvet Deus …, quia, diebus vitae meae, per meam voluntatem, in quantum mihi Deus intellectum dederit, sic attendam et consentiam.

Autre formule. (Ib.)

Sacramentalè qualiter repromitto ego domno Karolo ... fidelis sum, sicut homo, per drictum, debet esse domino suo ...

Autre formule, pour Charles-le-Chauve, roi de France.
(Cap. Baluz., tom. II, pag. 71.) 

Ego (ille), Karolo Hludowici et Judithae filio, ab istâ die in ante, fidelis ero, secundum meum savirum, sicut francus homo, per rectum, esse debet suo regi ...

Serment que le clergé et le peuple prêtèrent a l'empereur Louis-le-Débonnaire et a Lothaire son fils, en 824. (Cap. Baluz., tom. 1er, pag. 647.) 

Promitto ego (ille), per Deum … quòd, ab hac die in futurum, fidelis ero dominis nostris … juxta vires et intellectum meum. (N. E. punto o tilde en la e de meum, que no hace ninguna falta, como en quòd, etc.)

Serment que se prêtèrent mutuellement, en 854, l'empereur Lothaire, et Charles, roi de France. (Cap. Baluz., tom. II, pag. 74.)

Ab hodierna die et deinceps, si ... in quantum Dominus posse dederit ...
adjutorium tibi defensionis praestabo. Si autem … adjutorium, in quantum potero, praestabo, si tu aut filii tui idipsum adjutorium mihi praestaveritis …

Serment que les évêques prêtèrent a Charles-le-Chauve, en 872. (Cap. Baluz., tom. II, pag. 226.) 

Quantùm sciero et potuero, adjuvante Domino, consilio et auxilio, secundùm ministerium, fidelis vobis adjutor ero ... 

Celui des laïcs, au même. (Ib.)
Quantùm sciero et potuero, adjuvante Domino, consilio et auxilio fidelis vobis adjutor ero ...

Autre, de tout le peuple, au même. (Ib.)

Sic promitto ego, quia, de isto die in antea, isti seniori meo, quandiù vixero, fidelis et obediens et adjutor, quantumcumquè plus et melius sciero et potuero ...

Serment que les évêques prêtèrent à Louis-le-Bègue en 877. 
(Cap. Baluz., tom. II, pag. 272.)

Ego (ille), ipse sic profiteor, de istâ die et deinceps, isti seniori et regi meo, Hludowico, Karoli et Hermentrudis filio, secundùm meum scire et posse, et meum ministerium, auxilio et consilio, fidelis et adjutor ero, sicut episcopus rectè seniori suo debitor est, in meâ fide et meo sacerdotio.

Pacte ou serment que firent entre eux, en 860, Charles-le-Chauve et son frère Louis. (Cap. Baluz., tom. II, pag. 207.) (1)

A modo et deinceps, ad Dei voluntatem, et sanctae ecclesiae restaurationem et honorem atque defensionem, et ad nostrum communem honorem et salvamentum atque profectum, et ad salvationem ac pacem christiani populi nobis commissi, isti fratri meo Karolo (ou Ludowico), et consilio et auxilio, in vera fraternitate, quantùm Deus mihi scire et posse dederit, fidelis adjutor ero. Et si Deus … illi sincerus auxiliator et cooperator ero, sicut verus frater vero fratri, per rectum, esse debet in hoc ut ipse similiter erga me conservet ... 

(1) C'est presque la même chose que le serment de 842.

SERMENT DE L'ARMÉE DE CHARLES.

Si, conjonction. La même en françois et en latin.
Fauchet écrit sy. Cette leçon est contraire au manuscrit, et à l'antiquité de ces serments.
Lodhwigs, Louis, nom propre. On disoit en lat. Lodovicus, Ludovicus, Ludhuvicus, Lodhuvicus, Lodhuwicus, Luthouwicus, etc.; en tudesque, Lodwick, Ludwick, Ludhuwig, Ludwig, Hlodowick, etc; Ce mot est composé de leut, peuple, et de wik ou wig, citadelle, lieu de défense, refuge; il signifie refuge du peuple, c.-à-d. protecteur, défenseur du peuple. (Voy. mon Traité des Noms.)
Le cas de sujet est Lodhwigs ou Lodhuwigs, pour Lodhuwigus, formé du nom. lat. Lodhuwicus; le cas de régime est Lodhwig ou Lodhuwig. L'un et l'autre ont perdu leur dernière voyelle, parce que sans elle ils sont assez longs.
Ici on a Lodhwigs; plus bas c'est Lodhuwig. Cette dernière orthographe est la plus conforme à l'usage des anciens Francs, qui écrivoient ce nom avec trois u, 
Ludhuuuig: je dis avec trois u, car les anciens Francs, ainsi que nos pères, ne connoissoient pas le w. Or la langue latine se refusant, pour ainsi dire, à cette accumulation de trois fois la même lettre, on avoit coutume d'écrire Lodhuuicus avec deux u seulement. C'est ainsi qu'on le retrouve presque par-tout dans la Chronique de Nithard. Le copiste a donc pu, par habitude, mettre 
Lodhuuigs au lieu de Lodhuuuigs, que je croirois préférable ici.
Ce mot Lodhuuuigs ou Lodhuwigs doit se prononcer Lodhououigs en trois syllabes seulement. Si on écrit Lodhuuigs ou Lodhwigs, il n'y en a que deux, 
Lodhouigs. 
Dans le manusc., Lodhwigs est écrit avec deux u simples, Lodhuuigs, parce qu'alors on n'employoit point le w. Plusieurs savants ont suivi cette ancienne 
orthographe. Elle peut se défendre; je crois cependant qu'il est mieux d'écrire Lodhwigs. Au reste cela revient au même.
Bodin a lu Ludovigs; Fauchet, Luduuigs; Astruc, Ludwics; Borel, Ludhuuig; Isaac Pontanus, Lodhuuig; Court-de-Gébelin et M. Gley, Lodhuigs; enfin M. Champollion, toujours pour faire du nouveau, a cru devoir lire Lodhuvigus. 

Sagrament, les serments, du lat. sacramenta. Au singul. on diroit de même sagrament, formé de sacramentum. Dans ce mot, comme dans un très-grand nombre d'autres, le singul. et le plur. ne peuvent différer en rien. Ce n'est que dans les siècles modernes que l's est devenue la marque générale de la pluralité: on pourroit même déterminer d'une manière certaine les causes de 
cet emploi; mais ici, ce seroit sortir de mon sujet. 
Il est bon de remarquer que le subst. sagrament n'a point d'article qui le précède, et que même, dans le cours des deux serments, on ne trouve pas l'article une seule fois. D'où l'on peut conclure qu'au IXe siècle, s'il n'étoit pas entièrement inconnu dans la langue romane, il y étoit au moins d'un usage extrêmement rare.
Tous ceux qui avant moi se sont occupés de l'explication de ce monument, ont cru que sagrament étoit au singul. J'y reviendrai après le mot tanit. 
Eckhart, Schoepflin, et autres, lisent sacrament. Non seulement cette leçon est contraire au manusc., mais encore à l'usage d'adoucir les consonnes, comme on le faisoit dans le IXe siècle, ainsi qu'on a pu le remarquer à l'occasion de savir, podir, fradre, et autres mots. 
Quant à Borel, je ne sais ce qu'il veut dire par son sa gramnemque. Il sépare la première syllabe, estropie les deux autres, et leur joint le relatif suivant. 

Quae, que, lesquels. La forme de ce mot est purement latine: c'est le plur. neut. de qui, quae, quod. Il s'accorde en genre et en nombre avec sagrament. Quae s'emploie comme sujet et comme accusatif. Aux autres cas, c'est cui. (Voy. qui, pag. 36.)
Il faut prononcer ke. C'est ainsi qu'on l'écrivoit souvent dans les XIIe et XIIIe siècles.
Jusqu'à présent on a toujours lu ce mot avec un e simple, que; c'est une erreur. Le manusc. n'a rien d'équivoque. Sous l'e de que se trouve un trait oblique, marque de la diphthongue. C'est ainsi qu'on l'indiquoit alors. On peut s'en convaincre à la seule inspection du manusc. de Nithard. Ex.:
Obsesse, f°. 26. v°. 2e. col. l. 9. (la última e tiene rabito.)
Sce mariae, f°. 27. r°. 1re. col. l. 12, etc. (la e de Sce tiene rabito.)
Cet usage du trait oblique se retrouvé aussi dans la plupart des anciennes impressions.

Son fradre Karlo, à son frère Charles. Ces mots sont ici au cas de régime; ils doivent se traduire par le datif. (Voy. son, pag. 22; fradre, pag. 17; Karlo, pag. 18. Voy. aussi cist meon fradre Karle, pag. 38.) 
Schoepflin et Oberlin lisent fratre. Du Cange, au lieu de Karlo, a lu Karolo, et Petit-Pas, Karle.
Plusieurs savants françois, qui se sont occupés de ces serments, ont cru que les mots son fradre Karlo étoient au nominatif. Je reviendrai à cette inconcevable erreur, après le mot conservat.

Jurat, jure (il), 3e pers. sing. ind. prés. du verbe jurar, jurer. La forme de ce mot est purement latine.
On doit, je crois, prononcer djurat; c.-à-d. que le j est ici plus dur que dans jo. (Voy. eo, pag. 15.)
Dans le serment francique, le mot gesuor, qui répond à jurat, est au parf. 
On ne doit pas en conclure que jurat y soit également. Sa forme, il est vrai, ne 
s'y refuseroit pas; mais la phrase seroit moins conforme au génie de la langue romane.
Conservat, conserve, observe, tient (il), 3e pers. sing. ind. prés. du verbe conservar. La forme de ce mot est purement latine.
Si Lodhwigs sagrament quae son fradre Karlo jurat, conservat, se traduiroit mot à mot par, si Louis observe les serments qu'il jure à son frère Charles, ou plus conformément à la langue françoise, si Louis tient le serment qu'il vient de jurer à son frère Charles. On pourroit dire en lat., si Lodhwicus sacramenta, quae suo fratri Karolo jurat, conservat.
Cette phrase est claire dans les deux textes. Bodin, Borel, Petit-Pas, et autres, l'ont parfaitement entendue. Comment donc a-t-on pu traduire, si Louis garde 
le serment que son frère Charles luy a juré. Cette erreur de Fauchet a eu cependant de nombreux sectateurs, parmi lesquels on doit citer Bonamy, M. de 
Roquefort, et M. Champollion. Selon les deux premiers, on diroit : si Louis observe le serment que son frère Charles lui jure; selon l'autre : si Louis observe le serment que son frère Charles a juré. Eh! quoi de plus contraire à la grammaire et à la raison? Cette interprétation peut être combattue par trois arguments invincibles.
1° L'expression son fradre Karlo est au cas de régime; et dans le serment francique, le datif y est clairement exprimé.
2° On ne tient point, on n'observe point les serments d'autrui, mais les siens propres, quand on est de bonne foi.
3° Enfin, Charles avoit prête serment en langue francique; comment son armée auroit-elle pu l'entendre, puisque Louis avoit été obligé de faire le sien en langue romane, pour en être entendu?

Meos, mon, du lat. meus. (Voy. Meon, pag. 17.)
Petit-Pas, Du Cange (en marge), Fréher, Eckhart, Schoepflin et Oberlin, lisent meo. Cette leçon est contraire au manusc. et au génie de la langue romane.

Sendra, seigneur, maître, du lat. senior, qui, dans le moyen âge, s'est pris dans le même sens. La forme de ce mot a désespéré les commentateurs. Tous l'ont crue fautive; c'est une erreur. La seule désinence a pourroit être douteuse; peut-être vaudroit-il mieux sendre. L'un et l'autre cependant sont admissibles. (V. ce que nous avons dit de fradre et de fradra, p. 17.) 
Sendre, ou sendra, est formé de senior, comme juindre, qui en langue romane, signifie garçon, compagnon, est formé de junior; comme mendre, moindre, l'est de minor, et meldre, meilleur, de melior. Les mots lat. terminés en r, et dont le gén. se forme par la simple addition de is, passèrent d'abord dans la langue romane avec un cas de sujet et un autre de régime. Mais les voyelles finales étant brèves, le régime n'avoit presque aucune différence avec le sujet. Ils devoient donc souvent se mettre l'un pour l'autre, et cela d'autant plus, que le cas de régime avoit coutume lui-même de perdre sa voyelle, lorsque le mot étoit un peu long. On devoit donc avoir indifféremment, pour l'un et l'autre cas, senior ou seniore, junior ou juniore, minor ou minore, melior ou meliore; et de même, grandior ou grandiore, amor ou amore, valor ou valore, etc. Lorsque la dernière forme ne perdoit pas sa désinence, elle s'abrégeoit par la syncope de la pénultième : ainsi de grandiore, plus grand, s'est formé graindre. On a eu de même senre de seniore, juinre de juniore, minre de minore, melre de meliore; et par l'intercalation de la lettre d, sendre, juindre, mindre, et meldre. 
Cette intercalation est inévitable: pour la prononciation de l'n ou de l' l (ele, L), la pointe de la langue s'appuie fortement sur la racine des dents supérieures; tandis que, pour prononcer l'r, elle ne fait que toucher légèrement le palais, à un doigt des dents. Donc après l'articulation de l'n ou de l' l, s'il suit une r, 
la langue doit quitter les dents et se porter en arrière, avant de pouvoir l'articuler. Or ce mouvement est justement celui qui produit les dentales : donc involontairement on fera sentir une dentale entre les deux liquides; mais, comme on n'en a pas l'intention, c'est la plus foible qu'on articulera, c.-à-d. le d. 
Il existe encore dans notre langue un grand nombre de mots formés par le même principe d'intercalation. Ex.: tendre, gendre, cendre; peindre, feindre, 
ceindre, teindre, atteindre, éteindre, étreindre, contraindre, enfreindre, plaindre, oindre, engendrer, je viendrai, je tiendrai. = Poudre, foudre, coudrier; moudre, soudre, absoudre, dissoudre, je voudrai, etc. Voici la marche de leur formation : tener, tenere, tenre, tendre; gener, genere, genre, gendre; cinis, cinere (des cas obliques), cinre, cendre; pingere, pinere, pinre, peindre; fingere, finere, finre, feindre; cingere, cinere, cinre, ceindre, etc. = Pulvis, pulvere (des cas obliques), poulre, pouldre, poudre; fulgur, fulgure (des cas obliques), foulre, fouldre, foudre; corylus, coryle (des cas obliques), par métathèse colyre, coulrier, couldrier, coudrier; molere, molre, mouldre, moudre; solvere, solere, solre, souldre, soudre, etc. (1).
(1) Il y a environ dix ans que je fis l'ensemble de cette note; (c'étoit à l'occasion des cas obliques de *gr). Elle fut publiée par le savant helléniste M. G., qui l'inséra dans ses désinences, avec des retranchements, additions, et autres changements qu'il crut nécessaires.

Les savants ont cru qu'il faudroit lire senhor, senior (ou senora, selon Isaac Pontanus), au lieu de sendra. Ils pensent que ce dernier ne signifie rien : cependant ils le laissent subsister; mais plusieurs d'entre eux modifient sa forme : ils lisent sender, qui leur paroît sans doute plus convenable, et qui est entièrement barbare. Il en est aussi qui joignent ce mot à celui qui précède. Ainsi, au lieu de meos sendra, Fauchet lit meossender; Bodin, meosender; Borel, meossendra; Du Cange (en marge), meo sender, et Petit-Pas, meo sandre.

De, préposition; la même en françois et en latin. (Voy. d'ist, pag. 11.)
Borel et Isaac Pontanus lisent in au lieu de de. J'ignore où ils ont pu prendre cette leçon.

Suo, sa; du lat. sua. On doit prononcer souo, d'une seule émission de voix. 
L'o qui termine ce mot est bref et ouvert. Il a par conséquent beaucoup de rapport avec l'a dont il tient la place. L'un et l'autre supposent la même disposition des organes. Les lèvres seulement ont moins d'ouverture dans la prononciation de l'o. Dans toutes les langues, ces deux voyelles se sont mises souvent l'une pour l'autre; et dans le patois périgourdin en particulier, l'o s'est introduit presque par-tout. Ex.: 
po pour pa, de panis; plo pour pla, de planè; mio, de mea; touo, de tua; souo, de sua, etc.
Suo ne peut pas avoir deux formes différentes pour le régime et le sujet.

Part, part, du lat. pars. Part est le cas de régime; d'abord on a dit parte. Pars, qui est purement lat., est le cas de sujet.
Du Cange (en marge), et Petit-Pas lisent par. Ce mot ne signifie rien.

Non, non, ne. Cette conjonction est purement latine. Nous l'avons aussi en françois, mais d'un usage moins étendu : ne l'a souvent remplacée. L'n finale de ce mot est plus sensible que dans notre langue. On doit cependant l'articuler beaucoup moins qu'on ne le feroit en latin. Quant à l'o qui la précède, il n'est point ouvert; il faut le prononcer des lèvres. Le son de ce mot 
approche beaucoup de noun ou nôn. Nun se prononceroit de même. (Voy. Amur, pag. 7.) On a donc pu écrire presque indifféremment non ou nun. 
Cette dernière orthographe se trouve plus bas; mais, comme moins ancienne, elle pourroit appartenir au copiste.
Borel lit un, Court-de-Gébelin nou, et Fauchet no, qu'il fait tenir avec le mot suivant.

Los, les, ceux-là, acc. plur. masc. du pron. il. Voici sa déclinaison au IXe siècle : 
SINGULIER
Nom. m. il, fém. illa;          En fr. il, elle;  Du lat. ille, illa.
Gén., dat. li (pr les deux g.);       lui;  illi. 
Acc. m. lo, fém. la;          le, la;  illum, illam.
PLURIEL. 
Nom. li (pr les deux g.);             “”  illi. 
Gén., dat. lor (pr les deux g.);     leur;  illorum.
Acc. m. los, fém. las:  les, les;  illos, illas.

Dans la suite, les différents cas de ce pronom ont éprouvé beaucoup de changements dans leurs valeurs respectives.
En espagnol, on dit de même los, en patois périgourdin, c'est lous. Bonamy est dans l'erreur, lorsqu'il prétend que lo, lou et los sont la même chose et signifient le : les deux premières formes sont singulières, et la seconde n'appartient qu'au pluriel. Plusieurs savants lisent lo, et portent l's sur tanit, qui alors ne signifie plus rien. J'y reviendrai après ce mot.

Tanit, tient, 3e pers. sing. ind. prés. du verbe tanir, pour tenir, du lat. tenere. 
Non los tanit, ne les tient, n'a donc aucune difficulté; on diroit en lat. non illa tenet. 
Fauchet, comme j'ai déjà eu occasion de le faire remarquer, lit nolo stanit, et Borel un los tanit. Selon Schoepflin, on diroit non los tenet, et suivant Petit-Pas et Bodin, non lostaint. Du Cange (en marge) lit non los taint; D. Bouquet, MM. de Roquefort, Champollion, et Gley, non lo stanit.
Reprenons maintenant toute la phrase : Si Lodhwigs sagrament quae son fradre Karlo jurat, etc. Elle est parfaitement claire, et signifie mot à mot : 
Si Louis garde les serments (c.-à-d. les promesses) qu'il jure à son frère Charles, et Charles mon seigneur, de sa part (c.-à-d, de son côté), ne les tient, ...
Le pron. los démontre clairement que sagrament n'est pas au singulier.

Jo, je, le même que eo. (Voy. ce mot, pag. 15.) Quant à la différence d'orthographe, je crois qu'elle tient à la position. Il paroît que déjà dans le IXe siècle l'é de eo approchoit beaucoup de l'i par son exiguité. De là il est résulté que lorsque le mot eo s'est trouvé après un i auquel il pouvoit se joindre et participer, il a conservé son orthographe, parce qu'au moyen de cet emprunt il ne manquoit plus rien à sa prononciation. Ex.: salvarai-eo et cui eo. Lorsqu'au contraire il s'est trouvé après un i auquel il ne pouvoit en rien participer, on après une autre lettre, il a dû lui-même prendre ce qui lui manquoit. 
Ex.: si jeo (ou jo), ne jeo (ou jo).

Returnar, retourner, détourner, du lat. barb. retornare.
Ce mot n'a aucune difficulté. (Pour sa prononciation, voy. Amur, pag. 7.) 
Bodin lit retournar, et Fauchet retornar. Ces leçons sont contraires au manuscrit.

L'int, l'en, lui de là, lui de cela, par élision pour lo int. 
Int est un adv. formé de inde; il signifie de là, et par extension, de cela. On a dit ensuite ent. De cette dernière forme vient notre mot en, dont la valeur est 
absolument la même. L'int pourroit se rendre en lat. par illum inde.
On a coutume de ne faire de cette expression qu'un seul mot, lint; c'est ainsi qu'on l'a toujours lue. Le seul Bonamy l'a écrite correctement dans ses notes; 
pour le texte, il a suivi l'usage. Fauchet joint à ces mots la négation qui précède; selon lui, on auroit nolint. C'est non lo, selon Bullet et La Ravallière. Non luit est la leçon du savant Bodin !!! Astruc pense qu'il faudroit lire non lim. 

Pois, puis (je), 1re pers. sing. ind. prés. de poir, pouvoir. Poir est formé de podir, et celui-ci de potere (pour posse). (Voy. Podir, pag. 13.)
On doit prononcer pois d'une seule émission de voix, mais faire sentir distinctement les deux lettres de la diphthongue.
Si jo returnar non l'int pois signifie proprement, si je ne puis retourner lui de là, si je ne puis le détourner de cela, c.-à-d., si je ne puis le détourner de 
l'action d'enfreindre ses serments; car ne pas tenir ses serments, c'est les enfreindre. (Après iver, dernier mot du serment, je reviendrai à cette phrase.) 
Ne, ni, du lat. nec ou ne. Ce mot n'a aucune difficulté.

Neuls, nul, du lat. nullus. (Voy. Nul, pag. 34). C'est ici le cas de sujet. 
Nuls seroit plus régulier; mais l'e a pu s'introduire dans ce mot pour l'euphonie. Au cas de régime, cela étoit moins nécessaire, parce que la prononciation en est facile. Quoi qu'il en soit, cette voyelle ne fait que modifier le son de l'u, et il faut bien prendre garde de faire sentir ici une diphthongue. 
C'est un son simple, qui a beaucoup de rapport avec celui que nous donnons à ces deux lettres dans notre langue.
Fauchet lit nuls; Bodin, Borel, Petit-Pas, Du Chesne, et autres, veuls. 
Cette dernière leçon ne donne aucun sens.
Ne neuls, ni aucun. Les deux négations né doivent pas effrayer; rien n'est plus fréquent dans la langue romane. Ex.: 
Cil desnoieit davant toz, et se dit : Ne ni sai ne ni n'entend ce ke tu dis.
Fragment d'une traduction de la passion.
Ainsi on rendroit ces mots en lat. par nec aliquis.

Cui, que, lequel. C'est le cas de régime de qui. (Voy. Qui, pag. 36.)
L'u de ce mot doit se prononcer comme en françois.
Après cui, Court-de-Gébelin lit jo, au lieu de eo.
(Voy. pag. 52.) 

Int, en, de là, de cela. (Voy. L'int, pag. 53.)
Fréher, Eckhart, Schoepflin, Oberlin, et autres, lisent nit. Ce mot ne signifie rien. Schilter fait tenir int avec le mot précédent : il lit returnarint, mais il pense, comme les autres, que returnar nit pourroit bien être préférable. Suivant Bodin, ce seroit me; selon Du Cange (en marge), me ou nit: il adopte cette dernière leçon. Fauchet lit ni. Quant à Bullet, il a cru sans doute qu'il seroit beau de lire inxt. Prononcera ce mot qui pourra : je pense qu'il est bas-breton; mais je ne me suis pas donné la peine de vérifier ma conjecture.

Nulla, nulle, fém. de nuls. La forme de ce mot est purement latine, et il n'est pas susceptible d'avoir deux cas différents, à cause de sa terminaison en a.
Fauchet a lu nula, et Petit-Pas nullo. Ces deux leçons doivent être rejetées.

Ajudha, aide. (Voy. Adjudha, pag. 19.) Adjudha, dans le premier serment, et ici ajudha. Cette différence d'orthographe vient évidemment du copiste : d'abord il avoit écrit ajuha; il a ensuite ajouté un d au-dessus de la seconde syllabe, oubliant sans doute d'en faire autant pour la première. De là on pourroit conclure que déjà dans le Xe siècle nous avons dit ajue au lieu de adjudha. 
En effet, nos auteurs les plus anciens s'expriment ainsi; et S. Bernard, qui vivoit au commencement du XIIe', n'écrit pas autrement ce mot. Ex.:
Ensi ki'il à ols nen à ceos ne puyent faire nule ajue.
Serm. de S. Bernard, f°. 1. v°.
Qu'on ne m'objecte pas que les mots de la langue romane étoient variés dans leurs formes, et qu'on pouvoit les écrire diversement.
Sans doute, d'après la manière dont la langue romane s'est formée, d'après son usage presque uniquement populaire pendant les sept ou huit premiers 
siècles, enfin d'après l'état de la France dans ces temps reculés, chaque mot a dû varier dans son orthographe, non seulement selon les temps, mais encore selon les lieux, et même les personnes, comme j'aurai occasion de le démontrer ailleurs : mais les variations d'un mot tombent ou sur sa désinence, ou sur sa propre racine; et, s'il est hors de doute qu'un auteur puisse mêler les premières, même sans motifs, en général il n'en est pas ainsi des secondes. 
Je concluerai de là que ajudha, qu'on avoit d'abord écrit ajuha, tient à l'orthographe du Xe siècle, et n'est qu'une faute de copiste. Cependant, comme je me suis fait une loi de ne rien changer au texte de ces serments, je la laisserai subsister.
Dans le specimen de M. de Roquefort, ce mot est mal gravé; l'a est trop éloigné de l'i; ce dernier n'a pas la tête assez forte. Il étoit un peu effacé dans le manuscrit.
Bodin, Borel, Du Cange, Schoepflin, Oberlin, M. de Roquefort, et autres, ont mis adjudha. Selon le celtomane Bullet, ce seroit adjugha. 

Contra, contre. Ce mot est purement latin.

Lodhuwig. Ce mot est ici au cas de régime. (Voyez Lodhwigs, pag. 43.)
Bodin lit Ludovig, Borel Lodhuwig, Fauchet Luduuig, etc. 

Nun, non. (Voy. Non, pag. 50.)
Borel lit num. Fauchet fait nudi de nun li. Ces leçons ne sont pas moins contraires à la langue romane qu'au manuscrit.

Li, à lui. (Voy. Los, pag. 51.) Du Cange a lu si.

Iver, irai (je), du lat. ivero.
Encore ici le fac-simile de M. de Roquefort est en défaut, et m'avoit d'abord induit en erreur. Au lieu d'iver, j'avois lu vier pour fier, du lat. fiero, fut. 2 de FIO; et cette leçon me paroissoit d'autant plus probable, qu'elle répondoit parfaitement au mot uuirdhit, dans le serment thiois. Mais l'examen du manuscrit changea bientôt ma conjecture : l'i est très-distinctement dessiné au commencement du mot, c.-à-d. que le premier jambage de ce mot a la partie supérieure fort large; tandis que dans le specimen elle est très-déliée.
Une fois certain de la première lettre, je n'ai pas dû balancer un instant. Il étoit facile de choisir entre juer et iver: non seulement le premier feroit avec in ajudha une répétition vicieuse, mais iver est très-près d'ivero, tandis que juer est éloigné de *juvabo (o juvaro) ou juvavero.
Quant à ma conjecture, j'aurois pu la défendre, en supposant que le copiste lui-même s'est trompé, et a lu iuer pour uier. En effet, la différence des deux 
mots ne consistant que dans le plus ou moins d'épaisseur de deux jambages, il étoit facile de s'y méprendre.
J'en dirois autant de la conjecture de Du Cange. Il propose fuer, du lat. fuero. Il seroit possible, en effet, que l'f s'étant trouvée effacée dans sa partie supérieure, le copiste l'eût prise pour un i.
Mais tout cela n'est que supposition; et comme on ne doit pas se permettre de changer un texte dès qu'il peut s'entendre, que d'ailleurs iver va très-bien dans la phrase, on doit le conserver.
On ne m'objectera pas sans doute que, dans les deux textes, les mots doivent être identiquement les mêmes; il suffit, en effet, que les phrases présentent le même sens. Du Cange, Isaac Pontanus, Bonamy, M. de Roquefort, et autres, lisent juer; et comme anciennement le j et le v n'avoient aucune différence avec l'i et l'u, plusieurs savants, tels que Fauchet, nous ont laissé dans l'incertitude sur leur opinion, en écrivant iuer. Quelques modernes, pour se tirer d'embarras, en ont usé de même.
Je reprends la phrase entière : si jo returnar non l'int pois; ne jo, ne neuls cui eo returnar int pois, in nulla ajudha contra Lodhuwig nun li iver. 
Elle signifie mot à mot : si je ne puis le détourner de cela; ni moi, ni aucun que je puis détourner de cela, n'irai à lui en nulle aide contre Louis; ou : si je ne puis le détourner de cela, ni moi, ni aucun que je puisse détourner de cela, n'irons à lui en nulle aide contre Louis; ce qui revient à : si je ne puis le détourner de cette infraction, ni moi, ni aucun de ceux que je pourrai en détourner, nous ne l'aiderons en rien contre Louis.
Il est bon de remarquer que le fut. iver est au sing., ne se rapportant qu'à ne jo, parce que ne jo, ... iver est la principale proposition; tandis que ne neuls cui eo returnar int pois est accessoire, et peut être considéré comme une expression incidente.
On pourroit, il est vrai, regarder iver comme une 3e pers.; et alors c'est à ne neuls, second nominatif de la phrase, qu'il se rapporteroit grammaticalement : 
cela seroit même plus conforme à l'expression teutonique, mais beaucoup moins à l'antiquité de ces serments.
Du Cange a traduit : si ego retornare non possim, vel nolim ad eum retornare, in nullo ei auxilio eo contra Ludovicum. Il a très-bien fait assurément d'ajouter dans ses notes, nescio an benè reddiderim.
Selon Bodin, on diroit : si détourner je ne le puis, je ne veux avec luy retourner en paix, ne luy prester aucune obéissance. C'est également la version de Petit-Pas.
On auroit, selon Fauchet : et je destourner ne l'en puis-je, ne nul de ceux qui destourner ne l'en pourront, ne luy porterons ayde aucune contre Louis.
Isaac Pontanus trouve le tout fort obscur. Il n'y auroit qu'un OEdipe qui pût l'expliquer : OEdipo itaque opus sit. En conséquence, il renvoie à son ami 
Thysius, qui, selon lui, s'en acquitte en ces termes : si je détourner ly ne puis ni je ni nullui détourner lui ne puis, en nulle aide contre Louis avec lui iray.
Borel a cru sans doute qu'il étoit impossible de mieux faire; il a pensé que le savant Thysius s'en acquittoit à merveille; et, sans y changer une syllabe, il 
a adopté son élégante et correcte traduction !! 
On diroit, selon La Ravallière, si je détourner ne le puis, ni moi, ni aucun autre détourner ne le peut, etc.
Enfin, M. Champollion traduit : si je ne puis l'y ramener, ni moi, ni aucun que je pourrai y ramener, ne lui serons d'aucun secours contre Louis. 
Cette phrase est son grand cheval de bataille; il en fait, pour ainsi dire, le sujet d'une préface, où il s'exprime en ces termes : “Et d'après la première version connue et servilement copiée, tout le monde a traduit : si Charles ne le tient, si je ne puis l'en détourner, etc., c.-à-d. d'une manière entièrement opposée au texte, et en faisant un contre-sens complet, parce qu'on n'a pas connu la force du mot l'int, illum in; parce qu'on n'étoit pas familiarisé avec ces crases si communes dans les langues vulgaires; parce qu'enfin on expliquoit une langue qu'on n'avoit pas cultivée.” Oh! oh!!
Cette conjecture de M. Champollion est très-certainement la plus spécieuse qu'il ait faite. J'aurai cependant l'honneur de lui faire les observations suivantes: 
1° Le verbe returnar s'emploie fréquemment (ce qu'il ignoroit sans doute) dans le sens de détourner; et le mot iruuenden, qui se trouve dans le serment francique, ne signifie que cela.
2° Non tanir est, quant à la signification, absolument la même chose que violer; et comme dans toutes les langues on construit souvent plutôt selon le 
sens que selon les mots, on a pu dire, détourner du non-tenir ses serments, 
c.-à-d., de leur violation.
3° Enfin, l'int n'est point une crase de illum in, même dans le sens de M. Champollion. Il auroit dû dire de lo intus. En effet, 1° dans le IXe siècle on ne 
disoit point illum, mais lo : c'est donc sur cette dernière forme qu'a pu s'opérer la crase ou élision. 2° In n'est pas un adverbe, mais une préposition. Je n'ai 
jamais vu ce mot employé autrement, si ce n'est peut-être dans les écrits du XIVe siècle; et alors on doit le regarder comme une corruption de ins.
D'ailleurs, si l'adverbe int étoit la même chose que la préposition in, d'où viendroit le t qui le termine? Alors il n'étoit point d'usage d'ajouter à la fin des mots des consonnes étrangères; et même, si on l'a fait depuis, ce n'est que rarement, et pour la seule harmonie. C'est ainsi, par exemple, que dans le patois périgourdin, depuis un siècle environ, en prend un d, lorsqu'il suit une voyelle, et jamais autrement.
Il est, je crois, suffisamment démontré que, dans le sens de M. Champollion, int ne pourroit venir que de intus. Or, dans ces temps reculés, l's finale d'un 
mot, et sur-tout d'un mot indéclinable, n'auroit pu disparoître : intus restoit le même; dans la suite il est devenu ints, puis inz ou ins, enz ou ens. Dans nos 
vieux auteurs, on le retrouve presque toujours sous ces deux dernières formes. Inz ou ins s'est conservé dans le mot dinz ou dins, qui est ensuite devenu dens; puis enfin dans, tel que nous l'employons aujourd'hui. Ainsi, pour le dire en passant, dans est la même chose que DE-INTUS; dedans, DE-DE-INTUS; de dedans, DE-DE-DE-INTUS.
Puisque intus a conservé son s dans tous les siècles, et la conserve encore dans le mot dans, il s'ensuit que int ne vient pas de intus, mais de inde.
Donc, 1° returnar doit se traduire ici par détourner; 2° non-tanir équivaut à violer; 3° int ne sauroit avoir une autre origine que l'adverbe inde. Ainsi, l'explication de M. Champollion est entièrement erronée, et n'a aucune base.

Nota. On trouvera à la fin de ce Mémoire un tableau général des leçons fautives suivies jusqu'à ce jour pour le texte roman. 

_____


SERMENT DE CHARLES (1).
(1) Un grand nombre de savants françois ont rapporté le serment de Charles et celui de l'armée de Louis; mais, la plupart, sans chercher à les entendre. Je ne citerai pas leurs textes bizarres. J'en donnerai un seulement, à la fin de ces notes, comme objet de curiosité.

In, en, pour, etc. Cette préposition gouverne le datif et l'accusatif. Elle est ici dans le sens de pour, et demande le dernier de ces cas. Minna est son régime.

Godes, de Dieu, gén. de God. Ce mot se trouve encore en flamand, avec la même orthographe. Les Allemands disent Gott.

Minna, amour. Ce mot est ici à l'accus.; mais la terminaison du nomin. est la même. Au lieu de minna, les Flamands disent min ou minne. (N. E. Minnesänger : trobadores o trovadores, troubadours; Minnesang : poesía trovadoresca, canciones “de amor”, aunque hay muchos estilos.)
In Godes minna signifiera donc, pour de Dieu amour, c.-à-d. pour l'amour de Dieu.

Ind, et. On disoit aussi indi. Ind et indi sont devenus, par la suite, end et ende. Les Flamands disent encore aujourd'hui en ou ende, et les Allemands und. 
En anglo-saxon c'étoit and. Les Anglois ont conservé cette dernière forme.

Thes, du, génitif de ther, le. L'article ther signifie en outre, ce et qui; c.-à-d. qu'il s'emploie comme pron. démonstratif, et comme relatif. Les Allem. disent der.
Les trois mots ind in thes, n'en faisant qu'un seul dans le manusc., les savants les ont lus, séparés et corrigés, chacun à sa manière. Pithou, Isaac Pontanus, 
Schilter, et autres, lisent induithes; Juste-Lipse, induites; Marq. Fréher, Du Chesne. M. Gley, etc., ind durh tes; Eckhart, ind durch tes; Schoepflin, in durh 
tes; Frickius, dans Schilter, a lu induithes, ajoutant entre parenthèses, leg. ind durh thes. Selon le savant M. Grimm, ce seroit indiu thes, et ainsi des autres. 
Toutes ces leçons sont fautives et doivent être rejetées.
Christianes, génitif de christian, chrétien.
Ici, comme dans le texte roman, christian est écrit avec X* (carácter), suivant l'ancien usage. On ne doit pas confondre ces deux lettres grecques avec l'x et le p.
Fréher et M. Gley conservent le x, et changent le * en r; on écriroit selon eux Xristianes. Cette orthographe n'est pas admissible; il faut l'un ou l'autre : 
Xpistianes, par Xp, ou christianes, par chr. Cette dernière manière est même, je crois, la seule qu'on puisse employer maintenant.

Folches, du peuple, gén. de folch, peuple, nation, multitude, troupe, vulgaire. Les Allem. disent volck (N. E. Volk):. Ce mot est analogue de vulgus.

Unser, de nous, gén. de uuir. Les Allem. s'expriment encore de même. Les Flamands disent onzer.

Bedhero, des deux, de l'un et de l'autre, gén. de bedho, l'un et l'autre, tous deux. Les Allem. disent beyde (beide), gén. bejder (beider). Bedhero est adjectif de unser : unser bedhero, de nous l'un et l'autre, de nous deux.
Juste Lipse lit bedhere. Le manuscrit n'a rien d'équivoque.

Gealtnissi, salut, conservation. C'est un nom neutre, dérivé de halten, aujourd'hui gehalten, sauver, conserver. Son nom. et son acc. ont la même terminaison. Gouverné par in, il est ici à l'acc. (N. E. Gesundheit : salut; gesund : sano, sana, sanos, sanas.)
Fréher, Eckhart, Schoepflin, M. Gley, et autres, lisent gehaltnissi. Cette leçon, fort bonne en elle-même, est contraire au manusc.; d'ailleurs elle n'est nullement nécessaire. Dans ces temps reculés, l'aspiration se mettoit souvent sans motif, et se retranchoit de même. Juste Lipse, Pithou, Vulcanius, Schilter, et Frickius, ont lu gealtnisi, Isaac Pontanus, gealtenisi. Le manuscrit n'est point équivoque.
L'expression ind in thes christianes folches ind unser bodhero gealtnissi, signifiera mot à mot : et pour du chrétien peuple et de nous deux salut, c.-à-d., et pour le salut du peuple chrétien et de nous deux; ce qui revient à : pour le salut du peuple chrétien et le nôtre commun. 
Frickius fait un contre-sens, lorsqu'il dit, ob amorem Dei, populique christiani, ut et ad communem nostrûm utriusque salutem.

Fon, de. Les Allemands disent von et les Flamands van. Juste Lipse lit von. Cette forme est également contraire au manusc. et à l'antiquité de ces serments.

Thesemo, de ce, à partir de ce, ablatif de ther, hic. (Voy. Thes, pag. 62.) 
Juste Lipse lit tesemo, et M. Grimm, thesenio.
Quelques savants joignent à thesemo le mot qui précède, et lisent fonthesemo, 

Dage, jour, abl. de dag. Ce mot se trouve encore dans la langue flamande. 
Les Allemands disent tag (Tag), et les Anglois day.

Frammordes, a l'avenir, en avant. Cet adverbe est composé de fram, ab, ex, pro, ad, et de fort, inde, porro, ultra. On a dû dire d'abord fram-fordes ou fram-vordes, deinde, ad porro. L'aspiration a pris ensuite la place de l'f ou du v, et a fini elle-même par disparoître; mais le son de la première syllabe se conservant, l'm s'est doublée. Ainsi, fram-fordes ou fram-vordes, transformé d'abord en fram-hordes, est devenu enfin frammordes. (N. E. vorwärts (alemán); forwards (inglés) : hacia delante; vorn, vorne (al) delante.)
Fon thesemo dage frammordes signifie donc proprement, de ce jour en avant, c.-à-d. dorénavant, à l'avenir.

So, ainsi, si, comme; en lat. sic, ut. So ... so, ainsi … comme, c.-à-d. autant ... que; en lat. sic … ut. Soso, ainsi que, comme; sicut. So ... soso, ainsi ... ainsi que, c.-à-d. ainsi … que, ainsi … comme.
Au lieu de frammordes so, Pithou, Isaac Pontanus, Schilter, et autres, lisent frammordesso; Juste Lipse et Vulcanius, frammor desso; Frickius, frammorde 
so; M. Grimm, framm ordesso, etc. Toutes ces leçons sont incorrectes.

Fram, grandement. Fram est prépos. et adv. Comme adv., ce mot indique, extraction d'un lieu, mouvement en avant, augmentation, grandeur.
So fram so signifiera donc mot à mot, ainsi grandement comme, c.-à-d. autant que.
Frickius et antres lisent framso. Ce sont deux mots distincts.

Mir, à moi, dat. de ih, allem. ich. Mir est encore dans la langue allem. Les Flamands disent my.

Got, Dieu, le même que God. (Voy. ce mot, pag. 62.)

Geuuizci, science, savoir. Ce mot est dérivé de uuizzen ou uuizcen, savoir; all. wissen. Chez les Francs, on mettoit indifféremment, dans plusieurs occasions, le c ou le z; d'où geuuizzi ou geuuizci. On disoit aussi geuuissi ou giuuissi. Ex.: 
Ther kundit, uuizistu thaz,
Uns in giuuissi,
Thaz Kristes gotnissi.

Denunciat, scias hoc, nobis pro certo, Christi deitatem.
Otfride, liv. V, chap. 8.

Frickius, Eckhart, Fréher, M. Gley, et autres, lisent geuuizei. Cette leçon est contraire au manusc., et ne me paroît pas très-francique. Schoepflin lit 
geuuizzei. C'est geuuiz ei, selon Pithou, Isaac Pontanus, Juste Lipse, Schilter, et autres.

Indi, et. (Voy. Ind, pag. 62.)
Boecler lit indhi.

Madh, force, puissance, all. macht (Macht); flam. magt. Les Goths disoient mahts.
Eckhart lit mahd. Cette leçon, contraire au manuscrit, est parfaitement inutile.

Furgibit, donne, ou donnera (car la terminaison du présent s'employoit également pour le fut.), 3e pers. sing. de furgibin. Les Flam. disent encore voorgeeven, donner par avance, livrer. Ce mot est composé de fur ou vor (flam. voor), pour, avant, etc., et de gibin (allem. geben, flam. geeven, goth. giban), donner.

Hald, je défendrai. Hald est la 3e pers. sing. ind. prés. ou fut. de halden; allem. halten, protéger, sauver.
Schilter lit halt. (N. E. Gott hält dich; halten también es aguantar, soportar.)

Ih, je; allem. ich (voy. Mir, pag. 65), flam. ich, anglo-sax. ic, island. eg. Eckhart lit ich. (N. E. En Berlín y zona pronuncian “ik”, no “isch” ni “ij”)

Tesan, ce, pour thesan, acc. de ther ou dher, (Voyez Thesemo, pag. 64.) 
Au lieu de ih tesan, Juste Lipse, Isaac Pontanus, Pithou, Schilter, et autres, lisent ihtis an. Selon Vulcanius, Frickius, et Schoepflin, c'est ih tisan.

Minan, mien, acc. de min. Les Allem. disent au nomin. mein, et à l'acc. meinen.
Juste Lipse, Isaac Pontanus, Schilter, et Frickius, lisent minam. Cette leçon est également contraire au manusc. et aux principes de la langue.

Bruodher, frère, allem. Bruder, flam. broeder ou broer, island. brodur.
Juste Lipse, Isaac Pontanus, Schilter, et autres, lisent bruher; Frickius, bruther; etc. Tout cela est inutile, et contraire au manuscrit.
Reprenons la phrase, so fram so mir Got geuuizci indi madh furgibit, so hald ih tesan minan bruodher ... Elle signifie mot à mot : ainsi grandement comme à moi Dieu intelligence et force donnera, ainsi défendrai-je ce mien frère ...; ce qui revient à : autant que Dieu m'en donnera le savoir et le pouvoir, je défendrai mon frère, que voici ...
Vient ensuite, dans le manuscrit, une lacune. La phrase incidente, et in adjudha et in cadhuna cosa, y est entièrement supprimée, ainsi que le nom propre Louis, qui devoit la précéder. C'est une inadvertance du copiste : le dernier mot de la phrase passée étant probablement ieder (jeder), chacun, il a, sans doute, porté la vue de bruodher sur ieder, et a omis ainsi une ligne entière; mais, comme la partie omise étoit incidente, la phrase principale n'en est pas moins régulière, et sans le texte roman la lacune ne paroîtroit pas.

Soso, comme. (Voy. So, pag. 65.)

Man, on. Man, qui signifie proprement homo, est ici un pron. indéfini. 
Homo s'est pris dans le même sens, et a formé notre mot on. (Voy. Om, pag. 21) Man se trouve encore en allem. dans le sens de on. Les Flam. disent men. Pour homo, les Allem. disent Mann et Mensch, et les Flam. mensch et man.
(N. E. En minúscula, man macht : se hace; man weißt : se sabe, etc.)

Mit, avec, selon. Ce mot se retrouve dans la langue allemande, et les Flam. disent met. Selon les Goths, c'est mith. Toutes ces formes sont analogues de *gr.

Rehtu, droit, justice, équité, dat. de rehta, all. Recht. Schoepflin lit rehtum. 
Le manusc. n'est point équivoque.

Sinan, son, sien, acc. de sin, allem. sein.

Bruher, frère, le même que bruodher, (Voy. ce mot, pag. 67). Je crois que la différence d'orthographe vient du copiste, qui aura passé deux lettres en écrivant. Cependant bruher pourroit se défendre. Je le laisse subsister.
Fréher, Eckhart, et M. Gley, lisent bruoder. C'est bruadher, suivant Frickius.

Scal, doit (il), 3e pers. singul. indic. prés. de scolan, allem. sollen, devoir.
(N. E. Del alemán sollen; scolan: en chapurriau “no cal patí” : no tens que patí, no debes sufrir en castellá; tersera persona: - ell o ella - no cal que vingue.)
Frickius lit seal.
Avant le mot scal, halden (salvar) sembleroit avoir été omis par le copiste; car il est exprimé dans le texte roman : cependant, à cause de la proximité de hald, on pourroit l'avoir sous-entendu.
Soso man, mit rehtu, sinan bruher scal signifie mot à mot : comme on doit, avec la justice, son frère (sous-entendu défendre); c.-à-d., ainsi qu'on doit, selon l'équité, défendre son frère.

Thiu, dat. neut. de ther, ce. (Voy. Thes, pag. 62.)

Thaz, que, nom. et acc. neut. de ther, qui. (Voy. Thes, pag. 62.)
In thiu thaz signifie proprement, en ce que, c.-à-d. pourvu que.

Er, lui, il, celui-ci, pron. de la 3e pers. Les Goths disoient is, et les Anglo-Saxons he.

Mig, moi, me, acc. de ih, je. Les All. disent mich, et les Flam. my. Le verbe suivant régit ce mot à l'acc.

Soma, pareillement. Ce mot pourroit bien n'être qu'une faute de copiste: on dit sama et samo. So sama ou so samo signifie, de même (mot à mot, ainsi pareillement). L'expression soso man, qui précède, a pu faire écrire ici so soma au lieu de so sama. J'ai conservé so soma, pour ne rien changer au texte.
(N. E. inglés same : mismo, igualmente, etc.)

Duo, 3e pers. singul. ind. prés. et fut. ou subj. prés. de duon, faire, traiter; allem. thun (tun; inglés do), et flam. doen.
In thiu thaz er mig so soma duo, signifie mot à mot, en ce qu'il moi ainsi traite; c.-à-d., pourvu qu'il en fasse autant à mon égard.
Pithou, Schilter, et autres, lisent inthi utha zermigsoso maduo (ils suivent les divisions du manusc.); Juste Lipse, inthi utha zermig soso madno; Isaac Pontanus, inthi utha zermigsosono maduo; Boecler, inthi utha zer mig so so maduo; Schoepflin, inthi uthaz er mig so sin madh. Tous regardent ce passage 
comme corrompu. Fréher en sépare les lettres une à une, pour indiquer qu'il ne l'entend pas, et que chacun peut le lire à sa façon. Il ajoute même, dans ses notes, hîc aqua haeret; nec quidquam expedio. Et quî possim in loco manifestè corrupto? Eckhart, M. Gley, et autres, lisent inthiu, en un seul mot; et, au lieu de so soma, le premier lit sosama, et le second sosoma. Frickius lit de même, inthiu, et il traduit: in eo ubi alius negotium faciet (vel turbabit). S'entendoit-il lui-même? Je ne le crois pas. Au lieu de so soma duo, on auroit, selon M. Grimm, soso ma duo.

Luheren, dat, de Luher pour Ludher, Lothaire. (Voy. ce nom, pag. 34.) 
Pithou, Vulcanius, Isaac Pontanus, Schilter, et autres, lisent Luherem; Fréher, Boecler, Eckhart, M. Gley, et alii, Lutherem; Juste Lipse, Laherem.
Au lieu de indi mit, qui est avant, Juste Lipse lit indunit, et Pontanus indimit. 

Nohheiniu, nuls, acc. plur. de nohhein. Nohhein est composé de noh, allem. noch, non, et de ein, un. On disoit aussi nihcin. Avec un verbe de mouvement, 
in gouverne l'accusatif.

Thing, convention, arrangement, pacte. Ding signifie encore aujourd'hui en allem., chose, affaire, cause, plaidoirie; mais autrefois ses significations étoient plus nombreuses. (Voy. Plaid, pag. 34.) Thing est censé à l'acc. plur., comme l'adj. qui précède. Lorsqu'en langue francique l'adj. et le subst. se trouvoient joints ensemble, il suffisoit de décliner l'un d'eux. En arménien, c'est encore de même.
Au lieu de in nohheiniu thing, Juste Lipse, Isaac Pontanus, et autres, lisent in nothe in mit hing; Eckhart, Fréher, et M. Gley, inno theinni thing; Boecler et Schoepflin, inno theinni ding; M. Grimm, in notheiniu thing, etc. Toutes ces leçons sont contraires au manusc. Nohheiniu y est très-lisible : au-dessous du second i, est le trait oblique qui le détermine. Dans le fac-simile de M. de Roquefort, ce trait est pris à contre-sens; la partie inférieure est la plus large, tandis que c'est la supérieure qui doit l'être.

Gegango, irai (je), 3e pers. singul. ind. prés. et fut. de gegangon, aller. 
On a dit aussi gangen et gan; maintenant c'est gehen. La particule ga, ge, gi, ka, ke, ki, ou cha, che, chi, est une espèce d'adverbe, qui signifie una, simul, et qui se met devant le verbe, où souvent elle ne signifie rien. Ainsi, on dit gegangon au lieu de gangon. (N. E. gegangen es en alemán participio : ido.)
Schilter et autres lisent nege gango. Selon Fréher, c'est negegango, sans séparation. Cette manière est incorrecte : ne gegangon n'est pas d'un usage assez fréquent pour que la négation puisse faire partie du mot. Selon le fac-simile de M. de Roquefort, on auroit nege ganga. Cette faute provient de ce que la dernière lettre de gegango étant couverte d'encre et entièrement illisible, M. de Roquefort a cru devoir y suppléer un a. L'o étoit préférable.
Au surplus, la tache étoit récente; je l'ai légèrement frottée avec le bout du doigt et un peu de salive; l'o s'est alors parfaitement découvert. Il ne peut plus maintenant exister aucun doute sur ce mot.
Indi mit Luheren in nohheiniu thing ne gegango, signifie donc mot à mot : et avec Lothaire à aucuns arrangements ne viendrai, c.-à-d., et je ne viendrai avec Lothaire à aucun arrangement.

Zhe, qui, lesquels, pour the, pl. de ther. (Voy. Thes, pag. 62). Peut-être zhe n'est-il qu'une faute de copiste. Le t et le z ayant presque la même forme dans les anciens manuscrits, on a pu les prendre l'un pour l'autre. Au reste, cette supposition est inutile : le z et le t ont coutume de se remplacer mutuellement. Les divers dialectes de la Germanie fournissent de nombreux exemples de ce changement. Ainsi, le mot zhe peut être regardé comme parfaitement régulier.
Aucun commentateur ne me paroît l'avoir entendu.
La plupart le prennent dans le sens de ze ou zu, AD, et le portent sur minan uuillon. La phrase, ainsi construite, ne signifie rien, ou du moins est fort obscure.

Minan, mon, mien. C'est ici l'abl. de min. L'acc. a la même forme. (Voy. Minan,  pag. 67.)
Au lieu de zhe, minan, Juste Lipse, Isaac Pontanus, Schilter, et autres, lisent, theminam. Frickius lit de même, ajoutant entre parenthèses : leg. ze minan. 
Ces deux leçons, également mauvaises, sont contraires au manusc. Au lieu de minan, Schoepflin lit minam. Cette leçon est inutile.

Uuillon, vouloir (infin. pris subst.), allem. wollen, flam. willen, goth. willan.
Minan uuillon, par mon vouloir, de mon vouloir.
La prépos. est sous-entendue, comme dans le texte roman. (Voy. Vol, pag. 37.)
Frickius lit uvillon. On doit écrire ce mot avec deux u simples, selon l'usage des Francs.

Imo, à lui, à celui-ci, allem. ihm. Imo est le dat. de er. (Voy. Er, pag. 69.)

Ce, à, pour ze, allem. zu. Souvent le c et le z se mettoient indifféremment l'un pour l'autre.

Scadhen, dommage, dat. singul. de scadh ou scadho, allem. schad.
(Schaden, Schade, verbo schaden : dañar, causar mal; Schade! qué pena!)

Uuerhen, soient (ils), 3e pers. plur. subjonctif prés. de uuerhen ou uuerhon, (scand. uuoeren, island. vera).
M. Gley et autres lisent uuerdhen. Ce changement est d'autant plus inutile, que les deux verbes paroissent avoir la même origine, et ont eu jadis la même signification. (Voy. Uuirdhit, dans le serment de l'armée, pag. 80.)
Zhe, minan uuillon, imo ce scadhen uuerhen, signifie mot à mot : qui, de ma volonté, à celui-ci à dommage soient, c.-à-d., qui, de ma volonté, puissent lui être dommageables. 



SERMENT DE L'ARMÉE DE LOUIS.

Oba, si, conjonction. On disoit ob, devant une voyelle. Cette dernière forme se retrouve en allemand.
Boecler lit obo, 

Karl, Charles, (Pour la signification de ce mot, voyez pag. 18.)

Then, le, acc. de ther. (Voy. Thes, pag. 62.)

Eid, serment. Les Allem. se servent encore de ce mot. Les Fl. disent eed, et les Angl. oath. En goth., c'étoit aith; en anglo-s., ath, et en scand. ed ou eidur. 
(N. E. Straßburger Eide : Serments d'Strasbourg : los juramentos y homenajes de Estrasburgo. O sea, este texto que estás leyendo.)

Then, que, acc. de ther, qui. (Voy. Thes, pag. 62.)

Er, il. (Voy. pág. 69.)

Sinemo, à son, dat. de sin, allem. sein. (Voy. sinan, pag. 68). 
Au lieu de sinemo, on dit maintenant seinem.

Schilter, Pithou, Vulcanius, et autres, lisent sineno; c'est un barbarisme qu'on ne trouve point dans le manuscrit. On a mal lu; et le specimen de M. de Roquefort est lui-même en défaut.
Habitué à la prépos. latine sine, le copiste a divisé sinemo en deux parties, dont la seconde tient au mot suivant; il a écrit, sine mobruodher; et, par quelque frottement, le troisième jambage de l'm s'est effacé.
On ne voit donc réellement que sine n obruodher: mais il est évident que le troisième jambage a existé; car, 1° si la lettre en question étoit une n, elle seroit isolée. Or, il n'étoit pas naturel d'écrire une consonne isolément. 
2° Il paroît encore un point léger à côté du second jambage de l'n, et un peu plus bas que son extrémité. Or, dans ce manusc. la troisième jambe de l'm est presque toujours plus longue que les deux autres. 
3° Enfin, l'o qui suit est commencé par le bas, et il conserve encore un reste de liaison. Or, cette manière de faire l'o ne peut avoir lieu que lorsqu'une lettre finissant par le bas, précède immédiatement. Ex.:
Amore, manusc. de Nithard, f°. 13, r°, 1re col., l. 12; *Correpti, ib., etc.
Ainsi, il est évident qu'il faut lire sinemo, et non pas sineno. Quant au specimen, il est fautif, 1° en ce que la légère trace du troisième jambage de l'm n'est point marquée; 2° parce que l'o n'est pas commencé par le bas, et qu'il ne conserve aucune liaison. 
Bruodher, frère. (Voy. pag. 67.)
Schilter lit broudher. Cette forme incorrecte est contraire au manusc. 
Selon Boecler, ce seroit bruoder.

Ludhuuuige, Louis, dat. de Ludhuuuig. (Pour la signification de ce mot, voy. pag. 43.)
Schilter a lu Ludwige.
Ludhuuuige est très-lisible dans le manusc. Le copiste avoit d'abord commencé ce mot par une h. Il a ensuite, repris la première partie de cette lettre, et l'a recourbée pour en faire l'l. De la seconde partie il a fait le premier jambage de l'u. Quant aux deux u qui suivent, ils sont parfaitement corrects. Dans le fac- simile de M. de Roquefort, ce mot n'est pas reconnoissable.
 
Gesuor, a juré, 3e pers. singul. ind. parf. de sueren ou suueren, all. schweren (schwören), flam. zweeren, angl. swear. Les Goths disoient swaran.
Vulcanius a lu gezuor, et Frickius gesvuor.

Geleistit, suit, observe (il), 3e pers. sing. ind. prés. de geleisten. Ce verbe est composé de la particule ge (voy. Gegango, pag. 71), et de leisten, suivre, parfaire, exécuter. Les All. se servent encore de leisten, dans le sens de faire et parfaire. 
Wachter lit gileistit.
Reprenons toute la phrase, oba Karl then eid, then etc.; elle signifie mot à mot: si Charles observe le serment qu'il a juré à son frère Louis; ce qui revient à : si Charles tient le serment qu'il vient de jurer à son frère Louis.

Ludhuuuig, Louis. Ce mot est ici au nominatif. (Voy. Ludhuuuige, ci-dessus.) 
Schilter a lu Luduuig. Le manuscrit n'a rien d'équivoque.

Min, mon, mien. (Voy. Minan, pag. 67.)

Herro, seigneur, maître; anglo-s. hèarra. Les Allem. disent encore herr. Er a été employé dans le même sens. Toutes ces formes sont analogues du mot latin herus. 
Au lieu du mot gesuor, qui vient après imo, Frickius lit gesvuor. Cette leçon inutile est contraire au manusc. 

Forbrihchit, rompt, viole (il), 3e pers. sing. ind. prés. et fut. de forbrihchen. 
Ce verbe est composé de for, particule intensitive, qui s'écrivoit aussi, fora, far, fer, fir, furi, etc. (anglo-s. fra, allem. ver), et de brihchen, brechan, ou prechan, allem. brechen, rompre, briser, scier, violer.
Fréher lit forbrichchit; Eckhart, forbrichit; Schilter forbrihchid; Frickius, for brichchid, etc. Tout cela est contraire au manuscrit.
Encore ici le fac-simile de M. de Roquefort est en défaut : le graveur a oublié de trancher l'f, ce qui d'abord m'avoit induit en erreur.
Indi Ludhuuuig, min herro, then er imo gesuor forbrihchit signifie mot à mot, et Louis, mon seigneur, viole lequel il à lui a juré; c.-à-d., et si Louis, mon seigneur, viole celui qu'il lui a juré.

Ob, si; le même que oba. (Voy. ce mot, pag. 73.)

Après ob, M. Gley lit ik, au lieu de ih. Cette forme ik (qu'on retrouve en flam.) est contraire au manuscrit.

Inan, le, lui, acc. de er. Les Allem. disent ihn. En goth. c'étoit ina et imma; en anglo-s. hine.
Dans le fac-simile de M. de Roquefort, ce mot n'est pas bien gravé : on pourroit prendre pour une m les deux premières lettres.

Es, de cela, gén. neut. de er. (Voy. ce mot, pag. 69.)
Au lieu de inan es, Pithou, Schilter, Frickius, Vulcanius, Schoepflin, et autres, lisent ina nes; Fréher, inanes (ou selon D. Bouquet, ina nes); Boecler, nianes. Enfin, Isaac Pontanus lit de même ina, et porte nes sur le mot suivant.

Iruuenden, détourner. Ce verbe est composé de la prépos. er, EX, qu'on écrivoit aussi ar, ir, or, ur, etc., et de uuenden, tourner, détourner; goth. wandjan, anglo-sax. wendan, et all. wenden. Au lieu de iruuenden, 
on se sert aujourd'hui de abwenden.
Eckhart et Fréher lisent arwenden, (M. Gley, aruuenden). Schilter, Pithou, Vulcanius, Frickius, Schoepflin, et alii, joignent ce mot à la négation suivante : les trois premiers lisent aruuendenne; c'est arwendenne suivant les autres. Enfin Isaac Pontanus a lu nesarwendenne, y accumulant trois lettres des deux mots qui précèdent.
On voit que la plupart des savants lisent aruuenden ou aruuendenne. Un point léger, ou plutôt une espèce de tache placée devant iruuenden, sembleroit indiquer, en effet, que ce qui nous paroît un i, faisoit partie d'un a dont la première moitié seroit effacée : mais ce n'est qu'une apparence illusoire; car, 1° iruuenden se trouve répété deux lignes plus bas, avec la même signification. Aruuenden et iruuenden ont le même sens, il est vrai; mais la différence des deux formes seroit sans motif. 2° Dans les deux phrases du texte roman, le seul verbe returnar est employé sans aucune modification. 
3° Enfin, la lettre qui paroît équivoque est très-certainement un i. Le second trait d'un a seroit plus oblique, et moins court, surtout par le haut. A la vérité les i du commencement des mots ont ordinairement, dans ce manusc., la tête 
droite et forte; mais il y a des exceptions. (Voy. In, f° 10, r°, 1re col., l. 18, etc.) D'ailleurs le copiste, n'entendant rien à cette partie du texte, devoit toujours être indécis, soit pour séparer les mots, soit pour les écrire.

Mag, puis ou pourrai (je), 1re pers. sing. ind. prés. et fut. de magan, all. mögen, pouvoir. Le subst. Macht, pouvoir, puissance, est dérivé de ce verbe.
Isaac Pontanus lit mah. Cette mauvaise leçon est contraire au manusc. 
Selon Fréher, on liroit nemag, au lieu de ne mag. On peut employer, je crois, indifféremment l'un ou l'autre.
Ob ih inan es iruuenden ne mag signifie mot à mot : si je lui de cela détourner ne puis, c.-à-d., si je ne le puis détourner de cela (de cette violation).
Quant au gén. es, je dois faire remarquer ici que les Francs employoient le gén. au lieu de l'abl. avec fon. Ex.: 
Her skancta ce hanton
Sinan fianton
Bitteres lides;
So uuehin hio thes libes.
C.-à-d.
Il versoit à ses ennemis de la coupe d'amertume, et ceux-ci quittoient la vie.
Ode en l'honneur de Louis III, v. 105.
Frickius a traduit oi ih inan es iruuenden ne mag, par quùm ego avertere illum (ab aliena mente) non potero. C'est une erreur qui provient de l'incertitude de sa fausse leçon.

Noh, ni, allem. noch. Les Goths disoient nih, et les Anglo-s. ne. (Voy. Nohheiniu, pag. 70.)

Thero, le, celui, le même que ther (1), (Voy. Thes, pag. 62, etc.)
(1) Thero n'est point ici le gén. plur. du pron. démonstratif, comme le croient quelques savants. Le texte roman s'y oppose.

Nohhein, nul, aucun, (Voy. Nohheiniu, pag. 70.)
Eckhart, M. Gley, et autres, suppriment ce mot, je ne sais pour quel motif. 
Ils suivent en cela l'opinion de Frickius; mais il s'étoit contenté d'indiquer en note cette leçon. Pithou, Isaac Pontanus, Schilter, Vulcanius, et alii, lisent noh hein. Noh thero nohhein signifie proprement, ni le nul, ni l'aucun, c.-à-d., 
ni aucun. Nohhein est ici avec le sens de aliquis, comme neuls, dans le texte roman.

Then, que. (Voy. pag. 73.)
Au lieu de then ih es, Pithou, Schilter, Schoepflin, Vulcanius, et autres, lisent thenihes. Tels sont aussi ces mots dans le texte de Frickius; mais il pense qu'on doit lire theinhes; sans doute il veut dire thein hes. Eckhart et M. Gley ont adopté cette dernière forme. Suivant Isaac Pontanus, ce seroit then ihes.
Ces mots sont mal gravés dans le specimen de M. de Roquefort; l'n et l'i paroissent faire ensemble une m. Dans le manuscrit, ces deux lettres sont distinctes.
Frickius écrit le mot suivant, iruvenden, au lieu de iruuenden, et il fait de même par-tout où deux u se trouvent réunis. Selon Fréher, ce seroit irrwenden. 
Uuidhar, contre; goth. withra, anglo-s. wither. Les All. disent encore wider, et les Flam. weder.
Vulcanius lit wider. Dans le specimen de M. de Roquefort les deux u sont mal formés.

Karle, dat. de Karl. (Voy. ce mot, pag. 73.)

Follusti, secours, subst. neut. dérivé de follusten ou folleisten, secourir; anglo-s. fylstan. Folleisten est lui-même composé de la particule intensitive foll, allem. voll, benè, plenè, perfectè, et de leisten, perficere, praestare. 
Il signifie proprement, benè praestare, c.-à-d., praestare officium.
Au lieu de follusti ne, Pithou, Isaac Pontanus, Schilter, Vulcanius, Schoepflin, et autres, lisent follus tine. Selon M. Grimm, c'est follustine, d'un seul mot.
Cette dernière leçon pourroit se défendre; mais elle est moins conforme au texte roman, et ne présente pas une construction nette. Pour suivre l'ordre des 
mots du serment de Charles, Fréher fait ici une assez longue transposition; il lit : imo ce follusti widhar Karle ne wirdhit. Boecler, Eckhart, M. Gley, et autres, ont adopté cette leçon. Rien cependant de plus absurde. Comment, en effet, dans deux langues différentes, dont le génie et les habitudes sont souvent opposés, les mots pourroient-ils toujours se répondre, non seulement pour le sens, mais encore par leur position? Ne suffit-il pas que la valeur des phrases soit la même?
Uuirdhit, sera, deviendra, 3e pers. singul. indic. prés. et fut. (il est presque toujours pris dans ce dernier sens) de uuirdhen, devenir, être; (d'où l'all. werden).
Uuirdhen, ou werden, paroît avoir donné naissance au verbe scandinave waeren, être. Uuirdhit est une des expressions qui reviennent le plus souvent dans la langue teutonique; et, comme je viens de le faire observer, on l'emploie presque toujours dans le sens du futur. Ex.:
Ther giloubit inti gitoufit uuirdit, ther uuirdit heil; 
c.'à-d., Celui qui croira et qui sera baptisé, sera sauvé.
Harm. evangel., chap. 242. 
Dans le specimen du savant M. de Roquefort, le t de uuirdhit est mal gravé.
Je reprends maintenant la phrase entière, noh ih, noh thero nohhein, then etc. Elle signifie, mot à mot; ni moi, ni le aucun que je de cela détourner pourrai, contre Charles, à celui-ci à secours ne deviendra, c.-à-d., ni moi ni aucun que je puisse détourner de cette violation, nous ne l'aiderons en rien contre Charles.
On remarquera, en passant, que uuirdhit est à la troisième personne, tandis que iver, dans le texte roman, est à la première. L'un se rapporte au second 
nominatif, et l'autre au premier. En roman, la phrase incidente commence à ne neuls; dans le thiois, elle ne commence qu'à then ih es.
Cette phrase paroît avoir embarrassé Fréher; à côté de noh thero, etc., il ajoute en note : neque haec satis liquent. Le célèbre Eckhart traduit : nec hoc ego aut aliquis nostrûm id impedire poterit, tunc nullum ei auxilium, etc. 
Cette phrase est obscure. Selon Frickius, on diroit : tunc neque ego neque quivis alius tenebor alienari ut sequar aut adjuvem (dominum meum) contra Carolum (aut Ludovicum). Ensuite il ajoute : ita collatis inter sese textibus teutonio et gallicano semi-latino, vertendas formulas puto.
Pour moi, je ne le crois pas. Cette traduction n'est qu'une paraphrase à contre-sens.
Quant à M. Gley, voici comment il s'exprime, à partir de ob ih inan : si je le empêcher ne peux, ni de ceux-ci aucun le arrêter peut, à lui pour secours 
contre Charles ne serai. C'est ici qu'on auroit besoin d'un OEdipe plus fin que Thysius.
J'ai promis de donner, comme objet de curiosité, un texte bizarre des deux serments franciques. J'ai de quoi payer ma dette; je n'éprouve que l'embarras du choix. D. Bouquet, Borel, Fauchet, et autres, se présentent sous d'heureux auspices. Je les ai collationnés avec soin : chacun d'eux a ses titres; mais je crois que Fauchet doit avoir la palme. Voici les deux morceaux de sa façon:

Serment de Charles.

In godes nunna induites Christianes folches : indonser hedherogeal nissi fethese moialage fran mordesso franzo mirgot gouuizei indinais furgibit scalddihites auminan brudher soso maumit retha fina bruher seal nithi utha Zerquusoso madero retimat inherer muorhein vit surgueguo gango Zheminan ouillon uni ces eadem vechen.

Serment de l'armée de Louis.

Oba Carlthen er siue nobmodher Ludhunnige gesnor gelcistit nid Ludhunning nus herro theuem mo gesnor farbrrich ehit Dei ina nes renuen denne mag non hi noh theronoch heinthe nihes tru vander mag nuidach Carla, nuore follus tuec. nuicdhir.
Voilà qui est à merveille pour monstrer (comme le dit Fauchet, dont le texte roman ne vaut pas beaucoup mieux) les langues qui estoient lors communes és cours de nos princes, à fin que par cet eschantillon chacun puisse cognoistre la corruption qui depuis s'en est faicte.
____

Parmi les notes qui forment ce Mémoire, s'il en est de minutieuses, c'étoit inévitable : j'ai dû, autant qu'il m'étoit possible, ne rien laisser à désirer, sur-tout pour le texte roman. Il s'agissoit de lire avec exactitude le plus ancien monument de la langue françoise, d'en donner une juste explication, d'en reconnoître les mots, de distinguer leurs formes, de déterminer leurs rapports 
grammaticaux, et enfin de prévenir contre les erreurs nombreuses dans lesquelles on avoit coutume de tomber. De ce travail résultent, non seulement l'explication d'un monument précieux sous tous les rapports, mais encore des observations générales, qui pourront servir de guide pour la lecture de notre vieux langage. Entre autres choses, on a dû remarquer,
1° Qu'au IXe siècle le genre neutre n'avoit pas entièrement disparu;
2° Qu'à cette même époque, et long-temps après, il existoit encore deux cas; l'un pour le sujet, l'autre pour le régime, direct ou indirect; et que les pronoms personnels en avoient un troisième, pour l'attribution (1);
3° Que la forme de sujet de tout mot tiré du latin provenoit du nominatif, et celle de régime, des cas obliques en général, mais particulièrement de l'accusatif, sauf le cas d'attribution des pronoms personnels, et quelques autres exceptions; 
4° Enfin, que les mots françois dont nous nous servons aujourd'hui viennent, la plupart, du cas de régime, celui de sujet ayant presque entièrement disparu.
Dans un Mémoire particulier, j'entrerai dans de plus longs détails sur cette matière. C'est un champ vaste et inculte qui, avec quelques soins, produiroit une ample moisson. 

(1) Comment ne s'est-on pas aperçu de l'existence des cas de la langue  romane? Soigneusement observés jusqu'à la fin du XIIe siècle, ce n'est que dans le XIIIe qu'ils ont commencé à se perdre. Dans les bons manuscrits, tels que ceux de S. Bernard (de la Bibliothèque du Roi, et du cabinet de M. de Roquefort), on les trouve parfaitement distincts.


FIN. 

(N. E. Página 84. Hay páginas mal escaneadas, “DES DIVERSES *” y 2 erratas que he corregido en el texto.)